Départ de la Police Fédérale de St Léonard: nouvelle chance ou nouveau chancre pour le quartier?

L’annonce, ce 1er mars dernier, du départ des services de la Police Fédérale du site de Saint Léonard à Liège au profit de Vottem nous incite à nous interroger sur l’avenir de ce patrimoine bâti appartenant au secteur public.

Il s’agit d’abord de saluer une décision attendue de très longue date par tous les travailleurs et leurs représentants, inquiets de leurs conditions de travail, qui va enfin permettre à ce dossier de se remettre en route. Le préavis de grève lancé ayant été levé et la continuité des services assurée, il appartient au politique de s’interroger sur les conséquences pour la Ville de Liège et pour ses habitants.

Fuite de services

Force est de constater qu’il s’agit-là, à nouveau et comme dans d’autres dossiers (CHC notamment), de services publics ou services au public qui quittent le centre-Ville, vidant des quartiers de leur substance, privant le commerce local de clients à servir, amputant les transports en commun de voyages bienvenus pour en assurer service et rentabilité, renforçant une nouvelle fois le tout-à-la-voiture (sauf futur plan de mobilité encore à concevoir), favorisant encore une fois l’étalement urbain au détriment des noyaux urbains denses.

A contrario, on peut considérer la libération de tels espaces et volumes actuellement liés à des services extérieurs comme une chance pour le quartier. Logements, espaces communautaires (liés à la culture, aux sports, à l’associatif,… ), commerces, services à la personne, offre scolaire: le quartier est en demande pour tous ces types d’équipements! La retombée dans l’escarcelle publique de tous ces M2 disponibles à réaffecter – si elle fait l’objet d’un plan de travail participatif, rigoureux et axé sur les bénéficiaires/habitants – peut s’avérer une chance inestimable pour répondre aux défis locaux (et des quartiers voisins) et  rééquilibrer quelque peu le mix de l’offre en types d’habitations, en services offerts, en investissement publics, en services proposés. Après avoir loupé le coche d’une réaffectation communale in situ en réclamant un loyer excessif, entraînant la construction du nouveau commissariat de quartier à quelques centaines de mètres, la Régie des Bâtiments ne peut se permettre un nouvel échec.

On sait cependant ce qu’il advint de grands dossiers urbanistiques passés (St Lambert, Droixhe) ou encore bien présents (Bavière, Guillemins) malgré leur âge avancé… C’est tantôt l’imprévoyance coupable des autorités communales PS-cdH, tantôt leur foi aveugle dans le secteur privé (Bavière, encore) parfois l’inexistence de concertation entre acteurs publics (Ville-SNCB-Régie comme dans le cas des Guillemins) qui compromirent l’aboutissement de projets utiles au plus grand nombre et nécessaires aux liégeois. On rappellera ici mauvais tour que Didier Reynders fit jouer à la Régie des Bâtiments (une nouvelle fois sur la sellette) en cédant à Fedimmo des droits de construction sans concertation avec les autres partenaires publics du dossier.

 

Une chance à saisir

Coeur du bloc situé entre les rues St Léonard, Maghin et Chéri, cet ensemble partiellement bâti, doté de dégagements utilisés comme parkings, est considéré comme vétuste, raison principale du départ vers Vottem. Propriété de la Régie des Bâtiments, il importe que le secteur public travaille en concertation sur ce dossier, quelque soit la forme que prenne cette concertation: collaboration Ville-Régie, préemption de la Ville en cas de vente, suivi du dossier dans le temps… puisque le transfert vers Vottem se fera à moyen terme et probablement via des aménagements transitoires (en commission de l’Intérieur, la Ministre Fédérale annonce l’aboutissement du regroupement des services pour 2017-2020). Une annonce formelle à ce sujet est attendue pour le 30 avril.
Le quartier St Léonard, très proche du centre-Ville à pied et via les transports en commun, est un quartier à la vie associative bouillonnante, un quartier en profonde transformation également avec l’arrivée de nouveaux venus, couples avec enfants bien souvent, se fondant dans ce quartier populaire, métissé suite aux vagues d’immigration successives et souvent anciennes et marqué d’une importante population âgée.

Il est doté d’une Régie/Relais de quartier, particulièrement active et reconnue des habitants, offrant nombre de services à ceux-ci; une toute nouvelle association de commerçants;  une Commission de Rénovation Urbaine (dite CRU) y est active et discute les projets d’aménagement; elle bénéficie d’un maillage associatif dense (communautaire, artistique, citoyen) et très dynamique (St Léonard en Couleurs, Carnaval du Nord, trimestriel d’information citoyennes…) en plus d’un Comité de Quartier.

Le projet SUN (pour Sustainable Urban Neighborhood), eurégional et financé par l’Union Européenne, piloté par le LEMA-‘Université de Liège a travaillé et travaille encore, en concertation avec la Ville de Liège, dans différents domaines ces dernières années, spécifiquement sur Saint Léonard: identification des manquements (commerces, services), amélioration du bâti via des animations et appels d’offres groupés, défis énergie pour accompagner la population,… Il est donc de ce fait une source très importante d’expertise.

 

Une obligation de résultat

Ce départ est peut-être paradoxalement également une chance pour la quartier. C’est aussi et surtout une forme d’obligation de résultat, pour éviter à ce vaste ensemble de devenir un chancre urbain à court terme, faute d’avoir pris les mesures ou lancé les projets adéquats.

Dans le cadre de cette réaffectation, il nous semble fondamental que la population puisse s’approprier le projet via un processus participatif adapté. Interroger les riverains sur les besoins en services, commerces, infrastructures, transports et lieux publics  sans oublier le travail réalisé dans le cadre du projet SUN. Concerter ce qui peut l’être sans donner de faux espoirs sur le processus décisionnel (baliser ce qui est discuté, ce qui est concerté, dans quel cadre on évolue,… ) mais écouter activement ceux qui s’expriment et encourager ceux qui ont peur de franchir le pas et de donner leur avis. Tout le contraire, in fine, de la politique urbanistique poursuivie depuis des décennies par la majorité finissante.

En milieu urbain, la densification de l’habitat est une nécessité pour garantir le financement et le maintien d’infrastructures de transports, de lieux de vie, d’espaces et d’aménagements publics. Dans le même ordre d’idée, dans un quartier marqué bien souvent par la pauvreté, la précarité et le foisonnement de marchands de sommeil, la mixité du logement est une nécessité pour l’équilibre de celui-ci. Il nous semble donc important de préserver une offre en logement social mais de développer particulièrement le logement moyen et le logement familial (3-4 chambres) qui font cruellement défaut dans le patrimoine bâti existant, qu’il soit public ou privé. En parallèle et vu l’importance du parc locatif à Liège, il semble fondamental d’encourager l’accès à la propriété dans le cadre d’habitations à aménager. En final, et le nouveau record du prix de l’énergie domestique ne nous contredira pas, il apparaîtrait évident d’exiger des nouveaux logements à créer qu’ils soient performants et peu énergivores.

Outre le bâti à répartir entre services et logements ou autres finalités, les espaces au sol pourraient être utilement reconvertis pour des usages collectif: espace ou cour aménagée publique (voire place de marché hebdomadaire), parking vélo (pas toujours simple à caser en appartement), espace pour voitures partagées (le quartier regorge de piétons mais dont les besoins en mobilité pourraient être ponctuellement complétés)

En tout état de cause, nous souhaitons que la Ville de Liège soit proactive et presse ce dossier en charge immédiatement, par tous contacts préalables jugés utiles auprès des autres services publics partie prenantes au dossier ou partenaires privés susceptibles d’intervenir dans ce projet, du fait de leur expérience ou de leur capacité d’investissement.

Un site de Cédric Lemaire