Féminisme, paternité et liberté: comment être un homme 2.0?

Assumer la paternité aujourd’hui et un partage des tâches domestiques équitable (faute de le faire ou souhaiter égalitaire à tout prix), garder pour soi et offrir à son partenaire l’espace de liberté « garanti » pour qu’il puisse s’y trouver et s’y plaire. Oser s’interroger sur le genre, les stéréotypes ancestraux, son modèle parental acquis par le vécu et ses propres envies…

J’ai eu l’idée de ce billet il y a quelques semaines en écoutant en voiture l’émission « Tout autre chose ». Véronique Tyberghien (qu’est-ce que son rire sonore façon « Jeu des Dictionnaires » avait pu me manquer!) y accueillait Laurence Bibot et Irène Kaufer au sujet des « Icônes Féminines ». Comme papa d’une petite fille de bientôt 3 ans, en attente de la seconde et comme puîné d’une fratrie de 3… garçons, voilà qui devait m’intéresser!

« La » femme, « les » femmes, continent exotique, complexe et inexploré…

Féministe, moi?

Se définir, en tant qu’homme, comme féministe est probablement assez singulier mais j’aime à me retrouver dans cette définition. N’attendez pas de moi discussion savante sur nature, culture, féminité, rôle social etc… Peut-être suis-je aussi influencé par le fait d’être l’homme d’une femme formidable, mais rien n’y fait: quel sens pratique, quelles compétences développées, quelles visions des choses (« et quelles idées reçues, mon pauvre ami » diront les plus exigeant(e)s d’entre vous). Très souvent le constat nous donne à nous, hommes, mâles lambda, la portion congrue dans la répartition des rôles et des qualités. Parce que, si machiste et rude soit-il pour les femmes, notre monde (je ne fais pas d’ethnocentrisme ici, j’évoque la simple et banale expérience du vécu) est pour les hommes une école du formatage. Être fort. Être beau. Bien se tenir. Ne pas pleurer. Ne pas montrer d’émotions excessives. Réussir. Brrrrr…

Et après: aimer mais pas trop, être fragile mais pas trop, être viril mais pas trop, être une homme « un vrai » (quelle ineptie) sans être un macho, accepter de s’engager, faire un bébé mais quand « elle » veut, aimer l’enfant, l’accueillir mais en sachant rester à sa place, devoir paterner sans vouloir materner… Re-brrrrr….

En bref: le monde vous apprend à construire des murs mais vous demande de bâtir des ponts. Alors, comment s’étonner qu’on se plante, nous ne sommes que des hommes 😉!

Quelles féministes? Quelles féminismes?

Je ne suis pas un expert, mais j’avoue mon indifférence circonspecte face aux féministes « à poil dur », chiennes de gardes et autres chieuses de première catégorie (je gage qu’elles se reconnaîtront). Voilà bien le summum pour ces défenderesses d’une cause noble: s’abaisser à la même médiocrité que la masse bêlante. Triste destin.

A contrario, les mouvements féministes non-conformistes, au sens où ils ne renvoient pas à un besoin de conformité, à un devoir de normativité, mais à une exigence de liberté, sont à mon sens de formidables laboratoires d’un changement de civilisation, tant pour les femmes que pour les hommes! Quelle liberté, pour nous, les gars, de pouvoir sortir d’un modèle carré, propret mais finalement castrateur? « Chacune son chemin » pour elles, c’est aussi tant d’espaces de libertés pour nous! Et si ça les rend plus maîtresses d’elles mêmes, de leurs destins, de leurs envies, c’est la possibilité d’un couple fondé sur la libre association d’individus adultes, complets, variés et * libres *. Quel panard! Oui, quel vertige, aussi, mais bon…

C’est tout ce que j’espère pour ma – mes – fille(s).

Papa

Quel espace à la paternité pour nous? Au sens légal, c’est 10 jours (oui: DIX JOURS).

Petit rappel de barême : le père ne porte pas son enfant. Etonnant, non? aurait dit Desproges

Il peut vivre, au mieux de son investissement émotionnel, la grossesse de sa compagne par procuration: bras pour s’appuyer, épaule pour pleurer quand c’est dur, yeux pour voir le ventre s’arrondir, mains pour sentir la vie s’y développer. Alors dix jours, pardon, mais c’est à peine de quoi faire les courses, les premières lessives et basta… Il est incroyablement difficile de tisser un lien avec un enfant. C’est, à mon sens, tout bonnement impossible en dix jours.

Alors la question est: que voulons-nous, en tant que société, que les pères donnent à leur enfants, hors protection contre la pluie et le froid et de quoi manger? Suite à un débat au parlement, une parlementaire de mes connaissances (même pas de mon bord politique mais on s’en fiche) s’interrogeait sur le bien fondé de l’attribution par défaut du nom du père à l’enfant. Je partageais alors l’avis d’une internaute anonyme mais franchement sage pour le coup: « Nous, femmes, portons nos enfants 9 mois avant de les mettre au monde et créons avec eux à cette occasion et dans les mois qui suivent un lien absolu, indissoluble et éternel. Nos hommes, ceux avec qui nous avons choisi de faire des enfants, n’ont pas cette chance et seront – aussi formidables pères soient-ils – toujours des spectateurs de ces liens. Ne les aimons-nous pas suffisamment, ces hommes, pour leur laisser au moins le droit de donner à l’enfant quelque chose qui lui appartiendra pour toujours: son nom? ». Je ne saurais mieux dire.

Si nous voulons, au surplus, qu’ils tissent un lien fort avec le nouveau-né, accordons leur le temps disponible à cela. L’attention qu’on peut porter à l’enfant dépend intrinsèquement du temps disponible. L’enfant a son rythme propre et c’est à la longue, à l’usage, que le lien se tisse. Ce n’est pas si simple et on n’est vraiment pas dans les meilleures conditions qui soient…

Toi le mec ta gueule! (© David Van Lochem)

Ou comment, à force de répétition, certaines femmes arrivent à dégoûter des hommes de se préoccuper de leurs enfants, dans toutes les facettes de leur éducation. Avoir des enfants ce n’est pas seulement faire la lecture et chanter des chansons, c’est aussi 1001 tâches infiniment plus ingrates, plus abrutissantes mais tout aussi nécessaires. S’investir dans l’éducation de son enfant c’est – aussi – découvrir des parts de job inconnues et en prendre sa juste part: on ne veut pas tout faire, on veut juste savoir tout faire et donner un coup de main (et esquiver les soirs de sortie et après-midi de sport, certes). Beaucoup d’hommes, pour peu qu’on leur en laisse l’occasion, l’espace et l’autorisation s’investiront dans toute forme de tâche utile, à charge pour la femme de le laisser faire ses erreurs, apprendre, s’améliorer, devenir bon.

 

Bref: de fantastiques et exigeants défis pour les « hommes 2.0 »!

 

 

Un site de Cédric Lemaire