La vie, quel sport!

Ce dimanche se jouait une demi-finale de H-Cup de rugby entre Clermont et le Leinster, soit entre la meilleure équipe française des 5 dernières années (avec l’éternelle Toulouse) et la province irlandaise titrée au niveau européen deux fois en trois ans. C’est en souvenir d’un quart de finale disputé il y a 2 ans entre ces deux même équipes et auquel nous avons assisté que je vais revenir brièvement sur les raisons qui me font aimer les sports collectifs et particulièrement le rugby.

Souvenirs, d’abord: petit trip à Dublin en amoureux. Match prévu au RDS, impossible d’avoir des places. Un petit post sur un forum de supporters clermontois: 48h plus tard on avait deux places pour voir le match! Surnuméraires mais surtout gratos, avec interdiction de les leur payer!! Ils nous ont juste demandé de supporter Clermont et même donné un drapeau pour ce faire! J’ai insisté pour mettre une tournée générale à ces auvergnats au grand coeur… Dublin a été repeinte de jaune pendant deux jours, dans un ambiance festive, avant de couvrir le vénérable stade de « qui ne saute pas n’est pas clermon-tois ». Dans la tribune femmes, enfants et hommes se mélangent joyeusement aux dublinois pur jus de tous âges, qui apprécient en experts le jeu développé. Le Leinster s’imposa d’un point ce soir-là mais les clermontois gagnèrent le match des tribunes et le respect des mecs d’en face. Il fit d’ailleurs du reste de même ce dimanche, malgré l’opiniâtreté du XV des Volcans (et de son autobus belge) et avec le support de l’arbitrage de M. Barnes (malgré quoi il ne s’est trouvé personne pour le vilipender: la classe).

Cette expérience de spectateur résume à mes yeux bien des traits positifs que j’attribue au sport: plaisir, performance, dépassement, entraide, respect. Sur le terrain et en dehors. Pour vous donner une idée de l’ambiance « rugby » en tribunes: des équipes anglaises ont exigé de continuer à mélanger les spectateurs lors du match de lancement du championnat. Je ne suis pas béat d’admiration: dopage, sport-spectacle, argent-roi, marchandisation menacent le sport (tous les sports); j’aime cependant garder un certain « droit à l’enthousiasme ».

Pour avoir pratiqué pas mal de sports individuels (natation, judo, un peu de tennis et de vélo) et collectifs (basket, football, rugby) j’apprécie par dessus tout le goût de l’effort et la gratuité de celui-ci, l’anonymat des entraînements (vestiaires souvent pourris, froid, pluie glacée en automne, etc…) qui font les résultats du printemps… Au niveau individuel c’est surtout le mental qui travaille: quoi de plus ingrat que des longueurs de piscine à n’en plus finir, seul face à ses propres temps, sa propre fatigue, ses propres doutes? Les sports collectifs m’ont plus souvent attiré pour des questions de tempérament je suppose (difficile d’être meneur lorsqu’on est seul 😉 ). Limité par la taille au basket, j’ai beaucoup joué comme ailier gauche puis en pointe au foot: là où on peut briller sur son placement, son punch, sa pointe de vitesse, c’est à dire sans trop se donner de mal… Les sports collectifs sont aussi des lieux de brassage social: tous ensemble sur le terrain, tous pareils sous la douche, quelque soient les langues parlées ou les origines sociales.

Douze ans plus tard en reprenant le sport via le rugby à Liège j’ai découvert l’autre côté du miroir: peu d’occasions de briller, les jobs méconnus des tâcherons, des gros dans les rucks et les mauls et au bout du compte les arrières qui s’envolent pour nous gagner des matchs… En commençant dans le rugby on m’a dit: « Pour faire un joueur de rugby il faut du physique, de la technique ou du cœur. Un gars avec deux de ces qualités peut faire un bon joueur. Avec les trois, il pourra devenir très bon… ». Je me contente d’avoir du cœur, ça n’empêche ni de s’amuser, ni de se faire des amis, ni de se tenir en forme.

 

Un site de Cédric Lemaire