La Gauche, un choix

« Être un homme de Gauche, ça vous pose un homme; comme être un lapin de Garenne, ça vous pose un lapin ». Cette maxime très second degré, due à un célèbre directeur de communication accomodant Alphonse Allais, tourne gentiment en dérision un engagement auto-proclamé, souvent un peu trop doctement exprimé, un peu déclamatif, un peu vain. C’est pourtant l’objet du billet d’aujourd’hui! Entre le 1er Mai, l’élection de François Hollande, les révoltes populaires et mouvements sociaux partout en Europe, on a plus autant parlé de la gauche depuis bien longtemps! On a rarement eu autant besoin, aussi.

Quand comme moi on est né dans une vieille famille liégeoise désargentée, riches de valeurs et d’un bagage culturel important, au sein du pilier chrétien (COB, MOC, paroisse, scoutisme, école libre, etc… ) le choix de la gauche comme orientation politique n’est pas une évidence. Je n’ai pas comme certains amis ou camarades biberonné la lutte des classes, le drapeau rouge ou le 1er mai dans mon berceau. Nul regret, nul souci à cela mais mon engagement est le fruit de questionnements personnels, générationnels et familiaux.

Plusieurs faits et notions ont fait émerger ma conscience politique. Au rayon chocs je citerais Land and Freedom, vu en cinéma scolaire. Le POUM, les communismes, la lutte des classes, les fascismes, la résistance… En cherchant un peu: Malraux (que de fougue, que de fables…), découvrir dans la bibliothèque grand-paternelle en caisses du grenier une édition originale des Conquérants (le combat révolutionnaire souterrain dans une Chine en voie de dislocation). Pas mal de questionnements qui rebondissent: je me souviens très bien de l’obligation paternelle (amicale mais ferme) de m’asseoir devant la TV pour regarder tomber le mur de Berlin et les drapeaux troués de Timisoara. Quel rapport entre les résistants espagnols, les brigades internationales et le papy hué de Bucarest, les « VoPo » et les grabataires frappadingues qu’Eltsine déloge au canon? Quelques années plus tard (j’en ai déjà parlé dans cet article), Partie de Chasse et Les Phalanges de l’Ordre Noir remettront encore davantage en question l’héritage rouge, le talent de Christin et Bilal en bonus.

Cette prise de conscience se fait au même moment que la découverte de l’engagement. Actif dans les mouvements de jeunesse « depuis toujours », la notion d’engagement me saute au visage à la même époque, vers 14-15 ans. « Je, avec, pour » disait la méthode scoute. Se connaître, aller vers les autres, agir. Agir. Se faire à l’idée qu’avoir – comme on me le rabâche depuis longtemps – de l’éducation, un peu de bagage culturel et tant soit peu de matière grise impose d’en faire quelque chose, de prendre les choses en main.

Le monde tout autour… Les injustices, partout. Arriver aux études et prendre les choses bien comme il faut, de manière systématique: Marx, Mounier, Maritain, Proudhon, Marcuse… Le « recommandé » et le reste. Le constat que les communismes du XXe siècle ont failli, si jolie l’idée soit elle. Et même failli dans de grandes largeurs dictatoriales, meurtrières, déportatrices, totalitaires, autoritaires et barges. Un autre qui est que le socialisme wallon et liégeois (André Cools abattu quand j’avais 11 ans, *comme dans un film*) au pouvoir aussi loin que porte le regard, depuis aussi longtemps que je peux m’en souvenir, ne pourra apporter de solution: Agusta, Inusop, les 3 Guy… Waw. Waw…

 

1999. Premiers débats du dimanche avec l’attention requise, premier vote. Jacky Morael. De la franchise, faire de la politique autrement, dire les choses. Ça crève l’écran, les autres sont de la génération Gorbatchev, so eighties! Une gauche affirmée, claire, nette, moderne, aux mains propres et qui se donne les moyens de le rester! Je suis aujourd’hui toujours convaincu de la pertinence de l’engagement chez Ecolo. A gauche. Une gauche a-clientéliste, post-productiviste, résolue à faire de la politique de manière concertée et participative. Une gauche « orientée solutions » et qui remet en question le tout-au-marché, l’argent fou, l’économie-casino. Qui exige de refonder nos sociétés sur un modèle de développement sobre, soutenable, propre et juste. Qui propose sans cesse, sans arrêt, des solutions innovantes, des actions percutantes. Qui reste à l’écoute de la société civile et associative et va au-devant d’elle. Qui n’oppose pas les travailleurs entre eux: salariés, indépendants, chômeurs.

Comme toute conscience politique (et il en est de nombreuses respectables), celle de gauche n’est pas innée. Elle s’acquiert, se construit, s’interroge, s’affine, se remet en question… L’engagement qui en découle est pour ma part solide, bien vivant et à votre service pour les élections qui arrivent et au-delà!

 

 

 

 

Un site de Cédric Lemaire