(You Gotta) Fight For Your Right (To Party)*

*En français: (Il faut) Se battre pour son droit (à faire la fête), titre d’une chanson des Beastie Boys des années 80-90’s.

C’est une carte de visite, l’orgueil de bien des liégeois et une réputation qui se transmet de bouche de fêtard à oreille de fêtard depuis des générations: Liège est une Ville festive, à la vie nocturne active, variée et colorée; à l’activité débordante à toutes heures; où les occasions de bien manger et bien boire sont légions et où l’état d’esprit rabelaisien des locaux est plus qu’une invitation, presque une obligation, pour le quidam de passage, à s’en montrer digne.

J’ai eu la chance de pouvoir faire des études supérieures et de bénéficier d’un peu de temps libre pour ne pas faire qu’y étudier. En dehors des cours de la section histoire fréquentés avec une assiduité toute relative, j’ai beaucoup guindaillé malgré une propension sérieuse aux festivités carabinées et aux repos anticipés… Folklore, chanson estudiantine, organisation des fêtes étudiantes d’abord dans ma fac (Philo & Lettres, le « XX Août ») puis pour tous les étudiants comme Président de l’AGEL, à chaque fois entouré de fieffés camarades comitards aux origines et intérêts divers. Je vous passe les détails gratinés des ablutions rituelles, les fonds de culotte usés dans les cafés (principalement au bar et au premier de l’Aller Simple), l’amour du rock’n roll, des pogos et des festivals: que jeunesse se fasse (et je prétends rester jeune, à ce sujet)! Je suis de toujours un fêtard. Pas toujours dans le dernier carré des jusqu’au-boutistes inoxydables, mais « bon client » quand même, quand l’occasion se présente ou qu’il s’agit de mettre les petits plats dans les grands. Aujourd’hui encore, je veille bénévolement (au sein d’une belle équipe, la MEL) à ce que la guindaille liégeoise puisse se poursuivre dans les meilleures conditions possibles – et ce n’est pas une sinécure, à Liège.

En commençant cette campagne, j’ai immédiatement identifié le « droit à la fête » comme un axe important de mon action « politique ». Parce que ça me touche de longue date. Parce que je m’y investis à différents niveaux depuis plus de 10 ans. Parce que j’ai plaisir à habiter Liège,  ville festive et connue comme telle à l’extérieur. Parce que je ne souhaite pas que ça change mais que je suis inquiet de certaines évolutions. A germé alors l’idée d’une rencontre avec des acteurs de la vie évènementielle liégeoise: organisateurs de concerts et d’évènements, propriétaires et promoteurs de salles… Ils et elles ont répondu présents et nous étions 9 en tout autour de la table du Sushi Wine Bar (Tasting Room/Attrap’Sushi/Opale) ce lundi 28 mai. Au menu de cette rencontre sur les Epicuriales: d’abord écouter l’avis de pros ou d’associatifs sur le ressenti qu’ils ont, comprendre leur retour sur expérience. Ensuite des questions variées: quels évènements et quelles fêtes à Liège, pour Liège? Quelle dynamique de respect des riverains, de dialogue avec ceux-ci? Quel rôle pour la Ville: autorisations, contrôle policier, promotion, coordination? Quels lieux pour permettre la fête et à quelles conditions? Quelles limites poser et accepter ensemble pour permettre un modus vivendi? Quel modèle et quelle offre promouvoir? Quel soutien à l’associatif et aux petites structures? Quel(s) interlocuteur(s) identifier pour les acteurs de toutes tailles et de tous secteurs?

L’actualité récente l’a trop bien démontré: le secteur de la fête et de l’évènementiel traverse une période de turbulence. Un « trou d’air » passager mais face auquel il y a lieu de réagir énergiquement si on ne veut pas perdre l’existant et permettre aux nouvelles créations/nouveaux lieux de se développer (avec jobs indélocalisables, image de marque et offre culturelle à la clef, ne l’oublions pas!!). Or, il me semble que la majorité actuelle ne s’y attelle guère…

Ces jours-ci, remis en selle, les Apéros@Liège ont subi des avatars bien suspects avant qu’une pétition (dont votre serviteur fut l’un des initiateurs/signataires/promoteurs) ne vienne à leur rescousse. On a suivi sur internet et dans Le Soir l’interdiction faite d’organiser les Rootz Days d’Albalianza à St Léonard alors que ceux-ci se passaient pourtant bien avec les habitants! Idem pour le Fiacre à l’activité désormais limitée… Le Carlo Lévi, haut lieu de la culture métal liégeoise se voit contraint de déménager pour un ailleurs bien hypothétique… J’épargne aux plus jeunes d’entre vous Up Side et Palace mais n’oublie ni Chapelle, ni Factory, ni Color Café, ni Phoenix, ni SoundStationPot-au-Lait et Tipi sont aujourd’hui sur le grill… Tout va bien?

L’explication des fermetures par l’explosion des constats de tapages nocturnes ne tient tout simplement pas la route: les directives données aux policiers de terrain ont changé, point-barre! Dans le temps, un coup de téléphone d’un riverain à la Police atterrissait à l’oreille des organisateurs ou DJ sous forme d’un très net « Rastrin’ valet » et faisait baisser immédiatement le son. Aujourd’hui, un appel = un déplacement = un PV. Qui s’étonnera de l’évolution du nombre de faits enregistrés et donc rapportés? Personne. Personne de bonne foi en tout cas. Seul l’instrument de mesure a changé!

Sans livrer in extenso le contenu des débats (plus de deux heures à 9, ça fait trop de choses à écrire ^^), je vous livrerai ici quelques conclusions-clefs, réflexions personnelles et propositions (à mon avis) pertinentes pour le futur:

– D’expériences multiples, la rencontre et le dialogue a priori avec les riverains est autant un atout qu’une nécessité. Montrer sa bonne volonté, prendre des accords respectés par tous et permettre aux habitants de s’approprier les lieux, les fêtes est une condition importante voire sine qua non dans la réussite d’un lieu (sa pérennité) ou d’un évènement (sa possible récurrence). La mise à disposition du lieu permanent, à certaines occasions, pour la vie de quartier peut constituer un plus, l’intégrer et l’aider à « faire partie » de celui-ci; et donc, à le faire accepter d’autant mieux par les riverains. Partager l’espace public s’apprend, et ça se fait toujours plus facilement dans la concertation que sous un déluge de décibels… Bien souvent, on n’a pas deux fois l’occasion de faire une bonne première impression!

– La réponse policière est souvent difficile à organiser ou à coordonner. Les riverains, en cas de soucis, entendent pouvoir se tourner vers la Police pour une intervention efficace. Les policiers sont désormais obligés d’intervenir explicitement à chaque plainte, parfois au détriment de l’efficacité comme on l’a vu. Ils sont par ailleurs parfois confrontés à une réponse binaire de type « manifestation autorisée de telle à telle heure » et, du coup, sans capacité d’intervenir. Pour couronner le tout, hors heures de bureaux ce sont les équipes d’intervention qui prennent en charge l’action de terrain. Or, la coordination s’est faite entre les organisateurs et le commissariat de quartier… Les organisateurs, quelle que soit leur nature, sont demandeurs d’exigences claires qui, s’ils s’y conforment scrupuleusement, les mettront en dehors de toute incertitude pour leur manifestation, ponctuelle ou de longue durée.

– La variété de l’offre est l’un des points forts, l’un des domaines-clef de la singularité festive et musicale liégeoise. L’offre occasionnelle (au jour par jour ou sur des périodes allant jusqu’à plusieurs semaines) complète l’offre permanente. L’HoReCa ambulant ou occasionnel fonctionne en plus de l’HoReCa installé et on voit souvent les établissement locaux investir dans ces nouvelles activités. L’offre musicale est extraordinairement variée, du classique (Opéra, Orchestre) au métal hurlant (Carlo Levi, La Zone, …) en passant par tous les genres ou sous genres possibles: Jazz, pop, rock, électro… Les labels et acteurs associatifs ou professionnels animent tout ce petit monde avec talent mais parfois beaucoup d’incertitude. Ombres aux tableau: l’absence d’une structure intermédiaires entre les petites salles qui persistent et le Country Hall, très difficile à remplir, hors la Caserne Fonck, souvent trustée par la même structure (en plus des dates réservées au théâtre) au détriment de plus petits organisateurs désireux de franchir un palier.

 

Propositions… à débattre!

– Créer un poste de « coordinateur évènementiel et festif  » (attribution à du personnel existant en lien avec Culture et Tourisme) qui fasse le relais avec BAP, Commissariats de quartiers, Comités de Quartiers, Conseils de riverains (à établir, cf ci-dessous), etc… Une expérience de ce type avait été menée à l’occasion de « Liège Métropole Culturelle 2010 » et avait bien fonctionné dans l’ensemble, même si on peut toujours mieux faire. Cette personne serait en outre responsable de piloter une « Cellule Grands Évènements » voire un « Conseil de la Nuit », actifs chacun dans leur domaine et rassemblant les acteurs intéressés. Cela permettrait de répondre aux questions des professionnels, de connaitre leurs difficultés, de se coordonner avec les services communaux concernés (Police, propreté, SSSP, environnement… voire différents services provinciaux ou régionaux). Cela permettrait aussi de donner des consignes identiques à chacun, assurant pour tous l’égalité de l’information et du traitement des dossiers. Le but ici est clairement d’avoir un rôle de facilitateur tant pour ce qui concerne les démarches des organisateurs, la coordination entre les services et l’écoute des riverains.

Cartographier les espaces publics accueillant des fêtes ou susceptibles d’en accueillir et organiser une planification annuelle des évènements. Cela permettrait d’éviter les surcharges dans certains espaces et d’épargner ainsi la patience des riverains: parfois des évènements raisonnables seuls s’enchaînent trop rapidement et ne permettent pas aux citoyens de « souffler » dans l’intervalle, provoquant des réactions toujours plus vives sur le mode « ça ne s’arrête donc jamais? ». L’anticipation jouerait ici un rôle-clef, tant pour les riverains que pour les organisateurs, en leur permettant d’organiser leur promotion dans les meilleurs conditions possibles.

– Organiser pour chaque espace public ou infrastructure communautaire spécifique un « Conseil des Riverains » à rencontrer avec les organisateurs pour prévenir toute réclamation, trouver des accords justes et équilibrés et éviter les tensions. Ces comités, en lien avec commissariats et comités de quartier seraient rencontrés à intervalle réguliers et pourraient formuler des remarques ou avis sur les évènements prévus. Cela constituerait, avec toutes les parties prenantes, une forme de « contrat social d’occupation des lieux publics » et permettrait à chacun d’être informé et rassuré sur l’emprise des évènements, ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas, la tournure prévue… Cela permettrait aussi aux autorités de vérifier a posteriori (ou pendant les évènements, pour la Police) que ce qui a été convenu est effectivement tenu.

– En termes de sécurité (agressions, vols, atteintes aux biens, désordres, bagarres, …) on constate que les heures « critiques » sont situées entre 3h et 6h du matin. Une solution « à l’anglaise » (arrêter le service à partir d’une certaine heure), même tardive, inciterait probablement les fêtards à appuyer sur le champignon des tournées en voyant poindre l’heure fatidique. La solution pourrait alors être d’encadrer spécifiquement les lieux où les fêtes tardives ont lieu avec l’aide des tenanciers de lieux fréquentés par ces noctambules, la police et tous les services concernés à ces heures (taxis, transports en commun, etc…).

– En dernier ressort il apparait que ces différentes initiatives pourraient être valorisées vers tous au moyen d’une communication de l’offre culturelle ciblée prenant les infos à la source. Un « que faire » liégeois s’adressant tant aux familles, aux amateurs de restaurants, aux touristes en plein séjour qu’aux fêtards chevronnés.

A vos questions, à vos réponses, à vos avis!!

Plus de réponses et d’idées issues du programme Ecolo 2012 dans l’interview de mes colistiers Simon Charlier et François Bertrand!

 

 

Photos: La Meuse, Didier « Monseigneur » Fabry, Joël Bernacki, Vincent Chilot, Arnaud David et Typhus.

 

Un site de Cédric Lemaire