Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es…

Un petit article sans prétention pour faire un peu le tour de mes lectures en presse, avec pour prétexte un récent coup de coeur en presse magazine (j’y reviendrai en fin d’article)… Aussi loin que je me souvienne il y a toujours eu un « Soir » à la maison, et pas mal de presse magazine également avec le Vif, Pourquoi Pas (qui n’existe plus aujourd’hui), Pan (sauf à des périodes de dérive droitière…), à l’occasion un Evènement du Jeudi ou un Nouvel Obs (et son papier missel!). La lecture de la presse sous toutes ses formes m’a donc toujours semblé naturelle, et en acheter également, ce qui a souvent provoqué de l’étonnement autour de moi, jusqu’à ce que je comprenne que ce n’était pas partout pareil et que dans certaines familles, on ne lisait tout simplement pas les journaux (voir qu’on n’y lisait pas du tout…). Je me souviendrai toujours de mon émoi lorsque « Le Soir » en noir et blanc, avec sa manchette de lettres grasses, passa à 21 francs… Dans mon esprit de petit garçon, je croyais que le prix d’un journal (en existait-il seulement d’autres?) était toujours de 20 francs, et ne changerait jamais? L’aubette de la Place de la Liberté à Grivegnée tremble encore de cette terreur enfantine, celle de ce petit garçon qui revient à la voiture au bord des larmes parce-qu’il-n’a-pas-assez-avec-sa-pièce-de-20! Le Soir était la seule lecture qui vaille car « neutre », La Libre ne franchissait pas le seuil « canard des Évêques » et j’ignorais même alors qu’il en existât d’autres…

Même si je constate une lente (et malheureusement continuelle) dégradation du contenu et de la qualité éditoriale, je reste fidèle au Soir, auquel je suis abonné. Les dérives financiaristes du Groupe Rossel finiront par faire crever le quality paper cher à Victor en étranglant son modèle, mais que faire, sinon l’acheter, pour le soutenir? Je vous épargne ici le sort criminel fait aux pigistes (notamment synergies avec Sud Presse) car j’aurai l’occasion d’y revenir prochainement, je déplore néanmoins la dislocation des rédactions régionales: il n’y a à ma connaissance plus qu’un seul journaliste du Soir salarié sur Liège (et avec quelle pression…), ils étaient 3 à 4 fois plus nombreux il y a dix ans quand j’étais président de l’AGEL! J’étais abonné à Pan jusqu’à sa reprise par la nauséabonde équipe de Père Ubu lors d’un coup tordu incompréhensible et au mépris de l’équipe qui l’animait alors… Le formidable libraire du coin (celui qui m’apporte Le Soir) me livre aussi L’Equipe chaque samedi matin, pour des news sportives fraîches, des pages rugbyn, des articles sur le sport écrits par de véritables journalistes, avec toutes les qualités que cela apporte notamment au niveau de l’écriture et L’Equipe Magazine avec de longs reportages et de superbes photos (la bonne photo de sport est un Art). Il y a quelques années c’était la guerre pour l’obtenir, mais ils en impriment désormais quelques milliers en Belgique pour le Bénélux (sinon c’était l’équipe du vendredi au Press Shop Pont d’Avroy, livrée le samedi; ou celle du samedi au Relay des Guillemins, livrée le dimanche – mais avec un jour de retard, la saveur des news n’est pas la même).

En général je lis sur internet Libération, Le Monde, L’Express (le cousin français de notre Vif, l’exigence en sus, Chistophe Barbier en prime – qu’on l’aime ou pas), L’Equipe évidemment, Rugbyrama (le site du Midi Olympique), le Huffington Post francophone à l’occasion… Et toute une série d’articles posté par mes amis sur les réseaux sociaux (dont certains de Médiapart, auquel j’ai renoncé à m’abonner faute de temps pour lire efficacement), issus de toute une galaxie de sites plus ou moins grands, pure players ou médias de niche: Rue89, LePlus, Slate.fr, le blog de Jean-Dominique Merchet sur Marianne (auparavant hébergé par Libé), Great America, les Coulisse de Bruxelles de l’excellent (dans son style inimitable et certes peu suspect de fausse modestie) Jean Quatremer sur l’actu européenne et belge, Langue sauce piquante, Nice Rugby, Le Comptoir de la BD, Bain à Bulles (de l’excellent liégeois et ex-colister Nicolas Ancion), Contre-pied (sur le sport, parfois franchement iconoclaste!!), Immédias de Revel, le blog d’Eric Mettout (rédac web de l’Express), Sciences² (un de meilleurs sites de vulgarisation scientifique, bien utile pour river leur clou aux climatosceptiques de tous poils).

Pour la galerie je mentionnerais les très très très savoureux blogs de Guillaume Long
A boire et à manger (merci Gaëlle, Pépé Roni et le Bureau de Contrôle de la Carbonara – le très redouté B.C.C.), aujourd’hui disponible en libraire et de Boulet, dont les « Notes » ornent ma bibliothèque, mes rêves de dinosaures ou de bled paumé (en Côte-d’Or), à grands coups de tout petits traits… Je suis souvent touché par les photos du blog que Libé leur consacre, ses thématiques, ses coups de coeur (même si les combats de coqs des esthètes autoproclamé me donnent des envie d’appareil jetable).

En vacances je lis le canard local (quel que soit son nom ou sa qualité…) et surtout le Midi Olympique (qui parait les lundi et vendredis), qui parle « rugby des petits patelins » et fleure bon le cassoulet et l’apéro, en plus des stars bodybuildées qui font rêver sur le petit écran. Mes amis de vacances (les mêmes depuis très longtemps) m’achètent systématiquement d’ailleurs Soir, Libé, Monde, Equipe voire Midol… ça allonge d’autant le petit dèj’ et me rend imperméable à toute forme de stimulus (ni faim ni soif ni besoin d’aller m’habiller, rien) mais fait partie de mes petits « rituels » de vacancier, comme un bon Cosmo! Lorsque la DH sortait toujours en tabloïd et que c’était – ça arrive fréquemment malheureusement – le seul journal belge disponible, on prenait bien soin de ne lire que le sport, ou alors les chiens écrasés à l’heure du dernier pousse-café, « pour la route »…

Mes deux derniers coups de cœur en presse magazine sont GQ et Néon. Plus ancien, américain initialement, Gentelemens Quarterly s’assume comme magazine homme, je dirais même masculin, mais ne verse pas dans la vulgarité, ce que j’ai toujours trouvé rédhibitoire chez bien des titres. On peut être un homme sans vouloir s’esbaudir devant toutes sortes de carrosseries rutilantes non, et ne savoir que parler bagnoles et complexe du vestiaire? De bonnes photos par d’excellents photographes, hommes et dames (et de beaux modèles, soyons beaux joueurs…), des interviews longues et marrantes, de l’humour souvent féroce, un ton qui n’appartient qu’à lui (et la très docte Style Académie), sujets culture, subculture ou underground, portraits arty, tout ou presque me plaît dans ce magazine. Seul défaut: pas de formule abo disponible en Belgique…

Néon, d’origine allemande se veut mixte et axé sur les 25-35 ans, tourne autour des questions de société, nous questionne de manière originale voire iconoclaste, avec une grande proximité des rédacteurs face aux lecteurs (playlists, notice bio des rédacteurs, interactivité twitteresque…). Le ton est plein de punch et d’allant et la qualité rédactionnelle est irréprochable. Le 2e numéro, en attendant le 3e pour juillet, interroge l’amitié, les sports farfelus, le dépassement dans le jeûne… Au programme du 3e numéro, « Il va y avoir du bordel, de la plage, des extrémistes, des excuses et des poupées gonflables… ». Tout un programme. Vivement!

N’hésitez pas à partager vos coups de cœurs (par exemple, jamais vraiment pu lire « Causette » mais ce n’est pas l’envie qui m’en manque)! Et surtout, bonne lecture!

Un site de Cédric Lemaire