Interview croisée programme: « Droit à la fête »! Avec Simon Charlier et François Bertrand…

À Liège, le 15 août a une saveur toute particulière aux accents de pékèt et de fête populaire hors du commun. C’est donc l’occasion rêvée pour interroger deux candidats sur leur vision « politique » de la fête: Simon Charlier et François Bertrand.

Lorsqu’on les questionne sur l’action de la dernière majorité en ce qui concerne la fête à Liège, ils répondent la même chose: rien de concret n’a été fait. Simon se rappelle des dernières élections, à l’époque où il était encore étudiant en sciences : « Je me souviens encore des discours de la majorité et de cette phrase sur un tract du PS disant: « Enfin une place pour les étudiants à Liège! Six ans plus tard, où en est-on? Nulle part! », déplore-t-il.

Pour François, le Collège communal oscille entre attentisme et paresse intellectuelle, « les autorités ont envisagés les festivités urbaines comme un problème à traiter. Côté ECOLO, c’est la démarche inverse. Pour nous le chaudron festif liégeois est un atout, et, partant de là, il s’agit d’améliorer l’accessibilité, la sécurité, la concertation avec les habitants. Réussir des «fêtes durables» en quelques sortes, ce qui suppose une planification et des moyens. » Simon embraye: Liège est une ville estudiantine qui doit assumer cette part d’elle-même, en mettant en place une infrastructure correcte pour la vie estudiantine.

Mais alors, quel devrait-être le rôle de la ville par rapport à la fête? François résume celui-ci à quatre mots: médiation, sanction, soutien et encouragement. Simon pense que ce rôle ne doit pas être le même pour toutes les manifestations. Pour les évènements réguliers et fixes, tels que la Foire d’Octobre, les fêtes étudiantes ou encore les concerts, la ville doit mener une réflexion plus durable afin de doter ceux-ci d’infrastructures correctes. Pour les évènements plus ponctuels, il pense plus à une fonction d’accompagnement des organisateurs. La question des infrastructures destinées à la fête revient régulièrement dans le discours de François et Simon et ils s’accordent d’ailleurs pour dénoncer le fait que les infrastructures publiques dignes de ce nom font défaut à Liège.

Ce peu d’infrastructures ne laissent donc que l’espace public pour y faire la fête. Encore faut-il le partager à bon escient! Mais que signifie partager l’espace public pour Ecolo? François répond: « Pour Ecolo, cela suppose la mixité des usages et une plus value en qualité de vie en ville pour tous ses résidents. Donc de se poser la question de la capacité des espaces publics de la ville à faire société au quotidien, hors des soubresauts festifs, en évitant les dérives telles que leur normalisation, sécurisation et privatisation », ce à quoi Simon ajoute: « respecter le cadre de vie des riverains de ces espaces, en veillant à leur non détérioration et en veillant à une bonne répartition spatiale et temporelle des diverses activités», à même d’éviter les surcharges ponctuelles dans certains lieux.

La fête peut engendrer plusieurs types de problèmes de sécurité, notamment routière. Pour les deux candidats, les mesures à prendre pour concilier fête et sécurité à Liège sont finalement assez simples. Simon pointe du doigt le fameux dilemme « boire ou conduire » auquel sont confrontés nombre de jeunes liégeois et regrette qu’aucune alternative ne soit proposée, comme c’est le cas dans d’autre villes d’Europe, telle que Berlin qu’il cite en exemple: « les trams circulent de jour comme de nuit et on ne doit pas se soucier de l’heure pour rentrer. Je sais que ce n’est pas simple à réaliser et que cela dépend en partie du niveau régional, mais selon moi, il faut prévoir un système de bus/tram/navettes qui circulent durant la nuit. Sachant que les bus roulent jusqu’à minuit et que les premiers démarrent vers 6h, si on pouvait faire deux passages à 2h et 4h je suis sûr que cela aurait un énorme succès. ». François, quant à lui, applaudit le service policier toujours présent durant les fièvres festives afin d’en prévenir les débordements, mais estime qu’il est nécessaire d’aller plus loin, par exemple en mettant en place des services complémentaires de prévention et de médiation dans les quartiers les plus vivants la nuit.

Vient enfin la question des menaces qui pèsent sur la vie festive liégeoise. Simon regrette de ne pouvoir établir de liste exhaustive, tant les menaces sont nombreuses. Il répertorie cependant la disparition des cafés du carré au profit de boutiques de luxe, la détérioration des espaces publics faute d’aménagements convenables, ou encore l’augmentation de la colère des riverains suscitée par une utilisation systématique des mêmes lieux pour de nombreux évènements, comme le parc d’Avroy. François en compte d’autres lorsqu’il dit: « Il y a le risque de marchandisation et de disparition de la gratuité. Un autre risque, c’est l’extension sans fin de l’entre-soi et la désertification festive et culturelle dans certains quartiers. A la table de la fête, il y a des inégalités liées aux revenus mais aussi à la programmation… L’art de la rue par exemple, c’est quoi? Des châteaux gonflables sur les toits du centre touristique? Certaines cultures et contre-cultures sont encore trop souvent assignées à résidence. La fête n’est pas un Droit de l’Homme… mais elle y contribue de près puisque vectrice d’expression de soi, de brassage, de partage. Du coup, prendre en compte l’avis des publics, soutenir les quartiers qui bataillent pour organiser des fêtes dans des lieux oubliés fait sens. »

François et Simon ne se contentent pas d’énumérer les menaces, ils proposent également leurs solutions pour sauvegarder le droit à la fête à Liège. « Pour commencer, un calendrier stratégique de répartition des diverses manifestations. Afin de les répartir au mieux dans les différents quartiers de Liège. Amener les gens à la culture et à l’ouverture, c’est aussi commencer par amener ces activités dans leurs quartiers. Ensuite, j’aurais deux chantiers prioritaires, une vraie salle pour les étudiants qui tiendrait compte de leurs besoins spécifiques et l’aménagement du parc d’Avroy. Dans mon mémoire de maitrise en urbanisme, je prônais déjà un aménagement minéral [NdQ: c’est-à-dire non végétal, non-vivant] convenable et l’installation de massifs drainants (technique naturelle d’évacuation des eaux de ruissellement), afin d’éviter qu’il se transforme en champ de patates après chaque activité. », dit Simon. Et François de conclure: « il faudrait instaurer une réelle concertation avec les habitants. Nous défendons ainsi dans le programme la mise sur pied de «groupe de soutien aux quartiers» pour répondre aux souci d’entretien courant du cadre de vie… Une déclinaison «fêtes» y est prévue. Une autre piste qui me tient particulièrement à cœur concerne le soutien/l’encouragement à la vie festive pour lequel je plaiderai pour la création d’un label «fêtes durables» récompensant les initiatives rencontrant une série de critères comme l’utilisation de produits locaux/bio, la limitation de la publicité non-ciblée, l’attention à une stratégie propreté et recyclage, au type de sponsors, à l’accessibilité pour les personnes handicapées, l’ouverture aux thèmes de la tolérance, de l’environnement. ».

 

Dans quelques semaines le programme définitif d’Ecolo Liège sera officiellement publié, vous retrouverez ici un lien vers celui-ci, et une indication des éléments de programme qui se rapportent au « droit à la fête », au partage de l’espace public, etc… Vous pouvez compter sur les candidats interviewés ici et sur moi-même pour répondre à vos questions/interpellations sur le sujet! Quentin

 

 

Un site de Cédric Lemaire