Interview croisée programme: « Mobilité Enjeux » Avec Bénédicte Heinrichs (1e) et Daniel Wathelet (4e)

La mobilité à Liège est une préoccupation centrale de la campagne Ecolo. Mais pourquoi? Quels sont les enjeux, les avantages, les projets concrets du parti en la matière? Bénédicte Heindrichs, tête de liste, et Daniel Wathelet, « tête chercheuse » =) vont éclairer nos interrogations en y apportant leur vision des choses…

Pour les vélos, toujours trop dangereux

Soyons clair, Écolo entends favoriser une mobilité plus verte, plus douce, à Liège. Pour y parvenir, les candidats ne manquent pas d’idées et de projets. Pour Bénédicte, il s’agit surtout de favoriser une infrastructure vélo encore trop défaillante: la Ville manque de parkings deux-roues sécurisés et de cheminements sûrs, spécifiques et bien signalés. Il y a pourtant un réel potentiel qui est malheureusement encore très mal exploité… Si de plus en plus de citoyens liégeois font l’acquisition d’un vélo, « il n’est toujours pas possible de descendre en ville le samedi matin en bicyclette avec ses enfants pour faire ses emplettes« . Les tracés sont encore trop dangereux et la remontée trop hasardeuse, même si de solutions existent!


Une reconfiguration complète de la Ville

Daniel ne manque pas non plus d’idées à ce sujet. Pour lui, la solution est univoque: il faut sortir la ville des modes polluants qui encombrent la voie publique et proposer de réelles alternatives. Pour cela, il n’hésite pas à s’inspirer d’initiatives qui ont démontré leur efficacité dans d’autres villes, de Salzbourg à Prague en passant par l’Allemagne: il faut concevoir une combinaison astucieuse entre bus, SNCB, réseaux piétonnier et vélo. Tout d’abord, il prévoit « pour ceux venant de l’extérieur, des parking relais près des gares périphériques de Liège ou aux abords des autoroutes en tête des lignes principale du futur tram et des bus à haute fréquence. » Quant aux marchandises, elles pourront être amenées à l’extérieur de la ville et redistribuée de manière mieux coordonnée par un service logistique de livraison intra-urbain de camions électriques (le SLIC). Et pourquoi pas un triporteur électrique, petit véhicule à trois roues qui résoudrait le problème de la montée des pentes insurmontables de Liège?

Daniel propose aussi des « boulevards urbains »: « ils permettent une circulation lente et font la part belles aux piétons et cyclistes. Osons le 30 à l’heure, de toute façon plus vite cela n’avance pas aux heures de pointe! Plus de piétonniers, c’est bon pour la santé et cela pacifie la ville, apporte du calme et un air plus pur dans une vile devenue accessible, attractive et agréable à vivre. Le triple A c’est mon leitmotiv, pour une notation durable de Liège =) ! Les rues avec plots amovibles s’ouvriront au trafic de livraison, urgent ou prioritaire ». Et pour les personnes moins valides, il prévoit des taxis ou des prises en charge par des véhicules spéciaux non polluants (exemple en photo: la Diabline d’Aix-en-Provence, véhicule électrique et silencieux qui dépose les piétons au cœur du centre historique piétonnier). Même le tourisme n’a pas été oublié: « Les touristes aussi pourraient visiter la ville en vélo ou dans des pousse-pousse, les étudiants de nombreuses villes se font mollets et argent de poche pendant les congés avec ce moyen doux de découvrir la ville. »

 

Le tram: un pivot central

Justement, les modes doux doivent devenir une priorité dans la reconfiguration de la mobilité de Liège. Si Bénédicte a déjà évoqué le vélo, elle mentionne aussi le piétonnier et l’importance du futur tram: « le tracé du tram prévoit partout un espace dédié au vélo et un espace rendu au piéton. C’est non seulement le tram qu’on réintroduit à Liège mais aussi le vélo et la marche à pied. Il faut voir les plans le long du quai saint-Léonard, c’est spectaculaire! ». Et les modes doux ne sont pas une préoccupation uniquement pour le parti: 30 % des ménages liégeois n’ont pas de voiture et un piéton achète 3x plus sur son trajet qu’un automobiliste! Bingo pour le commerce!

Mais pourquoi ce Tram commence-t-il à faire de plus en plus parler de lui? Et bien justement parce qu’il représente le « levier de la transformation écologique de la ville, le fer de lance. » Pour les deux candidats, l’enjeu est clair: les bus débordent et il est urgent de trouver un autre outil de mobilité. Toute une série de mesures accompagnera son aménagement: des espaces dédiés aux piétons et vélos, comme on l’a déjà dit, mais aussi la mise en zone 30 des secteurs adjacents et, plus généralement, la transformation du paysage urbain, de l’image de la ville, et donc de son activité économique. « Un tram, c’est un piéton qui fait une pause et à donc le temps de côtoyer ses concitoyens, de regarder sa ville vivre, d’y faire ses achats de proximité ».

 

La situation des TEC

Si le tram est une nécessité, qu’en est-il du TEC? Lorsque l’on demande aux deux candidats si le prix ticket de bus est trop cher, les avis se rejoignent: il est élevé, mais les abonnements disponibles sont vendus à des tarifs démocratiques. Bénédicte explique que 75% du prix du ticket est pris en charge par la région Wallonne (au travers des subsides) et qu’il est bien difficile de faire mieux. Quant au débat sur l’éventuelle gratuité des transports en commun, il n’en est pas question chez Ecolo: « je n’y crois pas et les études le démontrent : pour que le service public soit respecté et considéré pour ce qu’il est – un service public- et non comme un dû, il faut participer financièrement. Un quart du prix, ce n’est pas injuste socialement. » Si le prix du TEC n’est pas une priorité chez écolo, c’est aussi parce qu’il y a d’autres combats à mener plus importants: le parti est actuellement en plein débat avec le Gouvernement pour éviter que celui-ci ne supprime des lignes…

Cependant, de nouveaux abonnements pourraient être créés, notamment en accord avec les transformations du paysage urbain: « il faudra certainement créer un billet combiné P+R (parking relais et TEC), voire avec la visite d’une attraction liégeoise ou d’un musée, ou encore des bons d’achats sur la Batte ou dans les autres commerces. » L’exemple de tarification P+R en vigueur à Orléans (une agglomération un peu plus petite que à Liège) est parlant: 2,40 € pour le parking (durée illimitée) et le transport aller-retour de… tous les occupants du véhicule: de quoi satisfaire les familles, les groupes et encourager le covoiturage! Le réseau TEC doit par ailleurs être resserré. Les deux candidats imaginent un bus à haute fréquence avec un bon maillage pour que les liégeois considèrent ce moyen de transport comme une évidence. Avec l’arrivée du tram, les lignes TEC sont à remanier pour que les usagers puissent aisément combiner ces modes complémentaires…

 

Un rêve pour tous

Avec tous ces projets, Écolo entends bien sûr améliorer la qualité de vie des liégeoises et des liégeois. La Cité Ardente s’engorge, et même les citoyens le constatent: pour eux, une source importante de nuisance citée pour fuir la ville, c’est l’insécurité due à la voiture mal parquée, trop rapide, trop bruyante, trop nombreuses… Daniel ajoute : « il est plus que temps de réagir et de mettre le paquet pour une mobilité de qualité, qui nous permet aussi de vivre dans une ville agréable, où, il fait bon vivre tout en nous permettant de vaquer à nos chères occupations ou tout simplement de profiter dans le calme d’une terrasse ensoleillée. ». Penser à la mobilité des citoyens est même une responsabilité de la Ville, qui doit réfléchir à plus de proximité entre nos activités, pour un accès simple, peu coûteux en temps et en argent. « Toutes les grandes villes européennes, ajoute Bénédicte, misent sur une multi-mobilité: transports en commun, vélos, marche à pieds ». Un rêve pour Liège qui pourrait bien devenir réalité?

 

 

Un site de Cédric Lemaire