« Traditionnel », vraiment?

Ces derniers temps, dans les débats, dans les rencontres entre candidats, sur les murs physiques ou virtuels de cette campagne, j’entends et vois fleurir du « 4 partis traditionnels », comme si c’était l’évidence ou la perception générale… or telle n’est pas mon expérience, ni le retour que j’en ai des citoyens. C’est un vocabulaire bien connu des poujadistes, qui nourrit l’antipolitisme et le « tous les mêmes, tous pourris » et qui est repris ici très à la gauche et très à la droite de l’échiquier politique (dans un chœur quasi touchant qui ne manque pas d’interpeller, par ailleurs on se souviendra du dessin de Plantu qui fit rager Mélenchon).

Ecolo n’est pas un parti « traditionnel », en tout cas pas au sens où ceux qui utilisent cette formule absconse l’entendent.

Ecolo est un parti à la fois jeune et ancien… Jeune par rapport aux centenaires socialistes, libéraux, sociaux-chrétiens ou communistes. Ancien car à 30 ans il fait partie du paysage politique « depuis toujours » pour de + en + de citoyens.

Ecolo a grandi en trente ans, envoie des représentants dans tous les parlements du pays (ou presque?), met les mains dans le cambouis dans plusieurs gouvernement, engrange des résultats visibles et probants (et prend des claques voire des parpaings dans la gueule, aussi, oui, je sais ;-D) mais reste fondamentalement différent des partis précités, pour plusieurs raisons et de manière parfois spectaculaire:

interdiction de toute une série de cumuls, par exigence par rapport aux fonctions occupées et pour éviter de concentrer trop de pouvoir(s) entre les mains d’une seule personne. On est souvent très seuls là-dessus! Et on continue le combat: conflits d’intérêts, abus de pouvoir, rémunérations somptuaires, il y a encore beaucoup à faire!

– rétrocessions de 40 à 50% de leur rémunération pour tous les élus, pour financer recherches, bureau d’étude = la matière grise qui fait qu’Ecolo continue à innover politiquement. On peut s’enrichir en politique, mais pas chez Ecolo, c’est juste arithmétiquement pas faisable! Et on souhaite plafonner les revenus, en prime. Outre qu’il est interdit, en fonction de niveaux de pouvoir, de se représenter plus de x fois, garantissant ainsi le renouvellement du personnel politique…

– fonctionnement participatif et démocratique à l’interne. On l’a encore vu en mars, les nouveaux coprésidents ont été élus avec 55% des voix, on est loin des scores staliniens de certains: chaque vote compte, toute voix peux influer!

– parité exigée à tous les niveaux: coprésidence, listes « en tirette » à savoir une femme-un homme, de manière systématique, etc…

– vision prospective de la société: créer des jobs aujourd’hui sans pouvoir les garder demain n’a guère de sens, hors c’est la course à l’échalote bien souvent proposée, la même bouillie toujours rabâchée (à gauche comme à droite): PIB, consommation des ménages, relance de la croissance [insérer ici n’importe quel élément de langage du même genre]. Ad nauseam… La croissance n’est pas infinie, le pétrole non plus et on roule toujours à pleine vitesse sur l’autoroute du prêt à penser libéralo-marxiste, chacun regardant la réalité par son petit bout de lorgnette et tirant sur la même corde sans beaucoup se poser de questions.

 

Alors, quid?

Je me sens faire partie d’un « grand » parti, pas d’un parti politique « traditionnel ». Quand les questions de parité, de décumul, de bonne gouvernance, de développement durable, de renouvellement de la classe politique… auront intégré les statuts des autres partis, on en reparle (et il y a un put**n de chemin à parcourir, je peux vous le dire!)

En ’99, Jacky Morael m’a convaincu qu’Ecolo entendait « faire de la politique autrement ». 13 ans après, les faits me le prouvent, jour après jour, n’en déplaisent aux esprits chagrins, aux « tous pourris », aux « yakas » et autres spécialistes de la politique de balcon, d’où on critique mais où l’on agit pas. Agir, ça veut dire descendre dans la tranchée et s’y (d)ébattre, cracher dans ses mains et poigner dans le réel. Ça veut dire aussi qu’on prend parfois un coup de pelle dans la tronche, ou qu’on se coince les doigts dans une machine (tout qui a déjà travaillé de ses mains sait cela) et qu’on a pas les beaux habits propres; mais c’est le prix à payer pour changer les choses.

 

Un site de Cédric Lemaire