Le logement durable: un incoutournable du programme

Habitat durable, éco-quartier, politique du logement… Voilà des termes qui reviennent souvent dans le discours d’écolo. Et avec raison: le bien-être des liégeois passe évidemment par un logement sain, économique et durable. Bénédicte Heindrichs a accepté de répondre à quelques questions traitant de cette thématique : il faut dire qu’elle en connaît un rayon dans la matière.

 

Finalement, un éco-quartier, concrètement, c’est quoi?

C’est un quartier construit sur base des principes du développement durable, dans lequel le choix des matériaux de construction permet de limiter la consommation énergétique; dans lequel le vivre ensemble et la dimension collective sont valorisés (qu’il s’agisse des espaces publics ou des équipements communautaires, par exemple), et où le transport en commun et la mobilité douce sont privilégiés à la voiture et au chacun pour soi.

On sait que Liège Expo 2017 prévoit la construction d’un éco-quartier en Coronmeuse dans le cadre de sa candidature. Quelles sont les exigences d’écolo à ce sujet?

Il faut d’abord savoir que c’est écolo qui a obtenu des autres partis que le site de l’Expo soit reconverti en éco-quartier. Nous avions deux exigences: tout d’abord, nous voulions avoir l’honneur de réaliser sur le site le premier éco-quartier urbain de Wallonie. Pourquoi ? Tout simplement parce que les éco-quartiers, s’ils ont de plus en plus la cote, sont toujours développés sur des terrains neufs à la périphérie des centres urbains.

Pour nous, Coronmeuse était l’opportunité de montrer qu’il est possible de faire de l’habitat durable en ville, que ce soit avec du neuf comme à Coronmeuse ou avec des quartiers existants comme le projet SUN réalisé à Saint-Léonard, qui a fait de ce quartier en rénovation le premier éco-quartier de Wallonie. Fermez un instant les yeux et imaginez avec moi ce que peut être Liège demain: un nouvel éco-quartier à Coronmeuse niché entre saint Léonard, quartier durable et Droixhe, quartier à forte densité de logements sociaux durablement rénovés. On peut dire que ça aurait de la gueule et ça montrerait la voie à suivre en matière de politique de la ville, si difficile à mettre en place en Wallonie… Cependant on en est encore loin aujourd’hui, mais c’est ma priorité, mon rêve pour Liège, en tant qu’écologiste et spécialiste en matière de Logement.

La deuxième exigence que nous avions était de construire du logement garantissant la mixité sociale. Écolo ne veut pas un îlot de « bobos » et de riches aux mains des promoteurs privés à Coronmeuse. Je suis, en tant qu’écologiste vice-présidente de Liège Expo, très attentive à la diversité des formes de logements qu’on y construira. Je pense par ailleurs que des logements locatifs publics doivent être prévus.

Donc écolo et le logement durable: un mariage heureux?

Depuis qu’écolo gère le logement à Bruxelles et en Wallonie, le nombre de logements durables sous différentes formes a explosé. Durable, c’est pas un adjectif pour faire joli, ça veut surtout dire: moins cher à chauffer et entretenir pour les locataire ou le propriétaire! Il ne s’agit pas seulement de normes énergétiques, mais aussi de projets de vivre ensemble à l’écoute des plus démunis. Nous avons développés des projets innovateurs pour la construction de logements durables: par exemple, un projet de logements intergénérationnels et une Agence immobilière sociale dédié aux Kots qui verra bientôt le jour à Namur…

Justement, que penses-tu de la politique actuelle des kots?

Paradoxalement, le Collège communal en place n’a jamais accordée une importance à la politique des kots. Comme si la main invisible de la concurrence allait réguler le marché. Confronté récemment au constat de la nécessité d’améliorer l’offre qualitative et quantitative, le Collège n’a pas été capable de relever le défi, incapable de donner des balises claires aux promoteurs. C’est une question complexe qui mérite d’être approfondie. De nombreuses questions se posent : quelle concentration de kot dans les quartiers d’habitation ? Quelles synergies à développer avec les Hautes écoles et l’ULg ? Quel statut pour les colocations (et donc les colocataires) qui se multiplient?

 

Pourquoi créer de nouveaux logements à Liège ? Quels bénéfices pour la ville?

L’évolution démographique prédit une augmentation de la population liégeoise. La fin du pétrole va par ailleurs renforcer le retour des populations vers les centres urbains connectés aux transports en commun. Il va donc falloir anticiper ! Créer du logement à Liège n’est pas un choix mais une nécessité. Le choix est donc: quel type de logement créer et promouvoir! Or, la majorité actuelle semble parfois l’oublier: elle a plus « déconstruit » de logement en 18 ans qu’elle n’en a construit. Liège a aujourd’hui moins de 10 % de logements sociaux sur son territoire (9,5% pour être précise). Il est temps d’inverser la vapeur et de faire sortir des logements de terre.

L’autre défi liégeois, c’est la rénovation du parc existant dont la qualité est faible. Écolo propose un vaste plan communal complémentaire aux politiques régionales pour aider les ménages liégeois à rénover énergétiquement leurs biens. Cela concerne 50 % des logements liégeois. Mais si l’on veut que « bien vivre à Liège » ne reste pas un slogan, il faut investir massivement dans le logement, c’est aussi une réponse sociale!!

 

Et les bénéfices d’un point de vue économique?

C’est la transition de notre économie qui est en jeu. Nous avons besoin d’une reconversion industrielle orientée vers l’économie verte. Écolo a convaincu le monde politique et les entreprises sur cette question au niveau régional : la première alliance « emploi-environnement » du Gouvernement est consacrée au logement. Des millions d’euros sont investis pour soutenir les entreprises et les ménages à construire plus vert. C’est un grand succès d’une majorité PS-ECOLO-CDH au niveau régional. C’est la multiplication des bénéfices: un logement rénové c’est 1. le secteur du bâtiment dynamisé, 2. des emplois non-délocalisables créés ou maintenus, 3. des habitants qui consomment moins d’énergie et voient leur facture diminuer, 4. des émissions de CO2 revues à la baisse, au bénéfice de notre environnement! A ce niveau là, l’écologie relève du bon sens…

 

Quels sont les quartiers prioritaires ?

Pour écolo, la Ville de Liège doit développer une action spécifique dans tous les quartiers, même si l’intensité variera en fonction des besoins. Nous pensons qu’il n’y a pas de politique de la ville sans une politique des quartiers organisée à leur échelle, dans laquelle les habitants et les associations ont un rôle important à jouer.

Depuis des années, les activités subsidiées dans le cadre des plans de cohésion sont renouvelés sans véritable évaluation de leur impact. Pas de quoi s’étonner: le Collège actuel n’a pas d’objectifs quantitatifs et qualitatifs en la matière. On envoie des équipes sur le terrain qui font certes un travail formidable… Mais malheureusement, et pardonnez moi l’expression, sans pilote dans l’avion, autant pisser dans un violon. Le résultat est sans appel : les indicateurs sociaux dégringolent et la réponse sécuritaire du collège explose (tornades blanches, phénomènes d’émeute, sentiment d’abandon, sortir du paradigme des derniers mois « un coup de bâton, un coup de torchon »!!!

Un site de Cédric Lemaire