A Liège, pas de place pour Danton

 

« De l’audace,encore de l’audace, toujours de l’audace et la Patrie sera sauvée. »

J’avais renoncé à cet article concernant le casting du Collège communal liégeois , le fustigeant en vrac et sans arguments ad hominem. J’ai fini par y revenir au vu et au lu des réactions suite à l’échec de la candidature de Liège à l’Expo 2017. Je pouvais en garder le titre et y parler à double titre d’un mal bien liégeois même s’il n’est pas notre exclusivité: un certain manque d’ambition et une capacité d’auto-flagellation sans équivalent.

Willy, lui toujours faire comme ça

Concernant le nouveau Collège, je ne puis qu’étaler ma déception et mes regrets, sans quoi je commencerais à distribuer bons et mauvais points mais je ne crois pas que ce soit ni mon rôle ni le moment. Retenons cependant à son égard:

– son conservatisme général.

– son déséquilibre hommes-femmes navrant: si j’étais féministe, socialiste et liégeoise franchement aujourd’hui j’aurais mal.

– la quasi absence de notre jeunesse… vu la moyenne d’âge, on ne me taxera même pas de jeunisme.

– deux-trois échevins en pré-retraite qui attendront qu’on fasse rentrer le banc, comme au foot… Le coup de « préparer l’avenir », merci mais faudra repasser: si on n’a pas été capable de le faire en plus de quinze ans, comment saura-t-on le faire en deux?

– le maintien dans l’équipe d’échevins qui n’ont manifestement pas convaincu (ceci est un euphémisme).

Bref, entre le « on prend les mêmes et on recommence » et cette désagréable sensation de déjà vu, rien de bien convaincant, rien de très enthousiasmant…

Ajoutons à cela le ratage intergalactique qu’est cette proposition de budget provisoire, pour une majorité en place depuis presque 20 ans et qui faisait de l’assainissement des finances publiques la pierre angulaire de son bilan, ça fait pas juste désordre, c’est carrément n’importe quoi…

 

Astana vista, baby

Cette semaine le couperet est tombé: Astana a remporté plus de suffrages et remporte l’Expo 2017. En sport et particulièrement en rugby, on salue ses vainqueurs avec fair-play. Quand bien même il y a à redire sur leur équipe, sur la nôtre, sur l’arbitre, sur le public, sur le stade et les vestiaires, je me répète et je souligne: on salue avec fair-play.

Dans un second temps, dans la moiteur du vestiaire ou au bord du terrain une bière en main, on refait la match, telle action, la préparation physique et mentale, le coaching… Tout peut et doit être remis en question, à plat, en perspectives. On peut – on doit – se dire des vérités parfois dures, souvent justes (au moins d’un certain point de vue).

Ce que je ne supporte pas dans cette atmosphère de défaite, c’est l’avalanche de commentaires non seulement négatifs, mais carrément négativistes. Seule la victoire est belle dit-on, mais parfois aussi le chemin parcouru doit être apprécié. Je suis liégeois, j’aime ma Ville, j’en serai bientôt un élu et un entrepreneur. Je me rends bien compte que je vis et que j’élève mes filles dans une région sinistrée « depuis toujours » (j’ai 32 printemps et autant d’années de crise économique et de majorités socialistes à la Ville/Province/Région) et je pense surtout que la solution ne pourra venir que de nous: auto-bottage de cul, changement de mentalités, prospérité sans croissance, solutions locales, circuits courts, bonne gouvernance, utilisation rationnelle des deniers publics. Du coup je n’encaisse pas du tout (je ne supporte plus, en fait) les discours du « on aurait dû faire ci », « on aura jamais du faire ça », « tout ce temps gâché », « tout cet argent mal utilisé »…

Tout projet « coûte », peu ou prou, directement ou indirectement, du temps et/ou de l’argent. Économique, sociologique, sportif, politique, personnel: (essayer de) créer une entreprise, étudier à fond un sujet, s’entraîner pour performer ou s’amuser, se battre pour une autre société, fonder une famille.

Qui dira à ce couple « les gosses ça coûte cher, arrêtez de vouloir en faire ». Qui jettera à la face d’un jeune entrepreneur « hé gars, laisse tomber, t’auras plus d’avantages et moins d’emmerdes avec le chômage ». Qui lui lancera, à cette jeune anthropologue « tu sais, ta thèse, là, ben tu ferais bien de passer à autre chose, parce que tout le monde s’en branle ». Qui balancera nonchalamment à ces champions d’athlétisme arrivés au pied du podium olympique qu’ils se sont préparés quatre ans « pour rien »? Quelle courte vue, quelle méconnaissance des dynamiques! Fut-il succédané de celle née lors de Liège 2015, comment peut-on cracher son mépris, toute honte bue, sur un projet qui a recueilli le soutien populaire de plus de 150.000 personnes (dont l’agglomération liégeoise a fourni le gros des bataillons), de milliers d’entreprises, de centaines d’institutions de tout type?

Liège métropole culturelle 2015 avait échoué faute de soutien politique du PS notamment, malgré la tentative de certains de « vendre » le projet, tuée dans l’œuf par le dépôt, au final, des signatures recueillies. Cette fois le politique s’est mouillé, pourquoi s’en plaindre, ou alors que leur demande-t-on, aux politiques? De se mouiller, ou de ne pas le faire? D’entreprendre ou de laisser faire? Qui feindra de croire que la notion même d’Eco-Quartier est tombée du ciel, toute cuite, ou qu’on a arraché 500 millions d’euros (20 milliards de francs belges) à la région wallonne en 2009 pour le Tram par l’action du Saint Esprit (même si André Antoine est parvenu à raboter l’enveloppe)?

Il y a bien des choses à redire sur ce projet: comment il a vécu, comment il est mort tel le Clyde Barrow de Gainsbourg. Quel en sera l’héritage, ce qu’il faut conserver, changer ou retoucher? C’est un débat qui mérite d’avoir lieu, j’espère que le conseil communal s’en saisira et saura le démocratiser. Que les acteurs de « Liège 2017 » soient remerciés, qu’ils se reposent un coup et qu’on ouvre ensuite le débat. Dans ce projet comme dans d’autres « ce n’est pas nous qui faisons le chemin, c’est le chemin qui nous fait ».

 

Un site de Cédric Lemaire