Des logiciels libres, de la Ville de Liège et des propositions d’Ecolo en la matière…

Je ne  chouine pas à chaque loupé des médias, mais se faire sucrer ses deux interventions et le vote du groupe dans un compte rendu journalistique d’un Conseil Communal (surtout quand c’est repris tel quel), eh bien ça fait réagir… Je suis intervenu hier à deux reprises sur la question des achats de logiciels et nous avons, pour mémoire, voté NON à ce propos.
Hier le point 58 du CC Liège était libellé comme suit:

MS

 

Il s’agissait donc, en substance, de savoir si la Ville poursuivait une dynamique l’amenant vers des logiciels libres déjà testés de-ci de-là ou rebasculait vers les logiciels propriétaires (ici: Microsoft). Je ne vous refais pas le récap des vertus du logiciel libre (format et standards ouverts normés, inter-opérable, effets de contagion…), d’autres l’ont fait hier et très bien. Je m’en tiendrai donc à ce qui n’a pas (ou pas complètement) été dit par d’autres. 

J’ai donc défendu 4 points, en substance:

– Question mal posée: sur base des retours utilisateurs existants (ce qui est bien, en soi) on a défini ce qui fonctionnait, plutôt que les besoins des utilisateurs, pour choisir le produit logiciel. En termes de gestion de projet en informatique, c’est mettre les choses cul-par-dessus-tête. La question préliminaire doit toujours être « que devez-vous faire/faites-vous, à quel fréquence, à quelle vitesse, avec quels moyens » et pas « avec quel outil vous sentez-vous à l’aise ». C’est comme demander à un manutentionnaire de creuser en lui proposant une pioche ou une bêche… et finir par lui donner une tondeuse « parce que c’est ça qu’il sait utiliser ». On veut régler un problème de formation insuffisante (le fameux « problème entre le siège et le clavier » cher aux informaticiens) avec une adaptation à du matériel old school… Parlez du fusil Lebel à un coup aux soldats français de 1914 ou des charges au sabre de la cavalerie polonaise à des historiens: ils vous expliqueront qu’on ne gagne pas le combats de demain avec du matériel d’arrière-garde. Ceci souligne, évidemment, l’absolue nécessité de formation du personnel, la qualité et l’abondance de celle-ci étant déterminante dans ce genre de projets.

 

openoffice

 » Direction: que faire si nous formons notre personnel et qu’il s’en va?
RH: que ferons-nous si nous ne le formons pas… et qu’il reste? »


– Décision engageante:
la décision d’hier sera
coûteuse et engageante à LONG terme. Les licences ont une durée de vie de l’ordre de 10 ans, ce qui veut donc dire que pendant 10 ans nous serons bloqués dans un format fermé/propriétaire, dépendants d’un prestataire fixe, et surtout que le personnel ne sera pas formé aux nouveaux outils logiciels et formats ouverts durant toute cette période. Le train passe, mais nous resterons sur le quai et des milliers d’agents avec nous. Ça repousse à environ 15 ans (2030, genre… oui oui c’est loin et je serai vieux), pour autant qu’on se décide enfin à ce moment-là, la fin d’un roll-out complet: project management, cahier de charges, adjudication, adaptation logicielle et hardware, formation du personnel...

 

– Expériences existantes : j’ai développé sous les sourires goguenards de l’assemblée, le fait que des organisations de grande taille et ayant des standards d’exigence au moins aussi importants que les nôtres ont basculé vers le logiciel libre. J’ai ainsi cité le Ville de Munich en Allemagne (1.500.000 habitants, 7 à 8 fois Liè§ge, …) ou encore la gendarmerie française, peu soupçonnable de fantaisie primesautière, ce me semble. Passés quelques rires, il apparaît que nous partageons déjà un logiciel avec celle-ci… J’ai encore cité en réplique les exemples récents de Turin et de Bercy (le super-ministère français: économie, finances, budget). Des alternatives existent que ce soit en bureautique (LibreOffice, OpenOffice) et même en format propriétaire mais avec des standards définis, mais également pour l’exploitation (songeons à OpenERP, success-story wallone!!! ).

MSmeme

« N’oublions pas l’essentiel.
Ce ne sont pas les outils qui sont importants,
ce sont les concepts qui les sous-tendent.»
[Peter Drucker]


– Argument du « trop gros » ou « trop cher » caducs:
on l’a vu des organismes égaux ou supérieurs à notre Ville ont basculé, ou ont amorcé le processus. Aurions-nous des défis à ce point différents et singuliers, qu’ils n’auraient pas eux-même solutionnés? Non, mais ils ont n’ont PAS de vision prospective des choses, aucune forme d’idée de ce que sera Liège dans 15-20 ans et de ce que seront ses défis. Cette mentalité purement gestionnaire, nous la dénonçons à l’encontre du Collège depuis un moment. Qui plus est les exemples précités génèrent (au présent) ou budgètent (au futur) des réductions de coûts liés à ce changement de paradigme: serions-nous si bien lotis que de pouvoir nous passer de quelque économie que ce soit, plutôt que de dispendieuses licences… ?

 

Et, juste pour la bonne bouche, Ecolo est en train de basculer entièrement… vers Linux 😉

Un site de Cédric Lemaire