Doyenne: à Liège et Bastogne, rendez Liège

Ce dimanche a vu se courir la 102e édition de Liège-Bastogne-Liège,LBLback course centenaire dans les dates et dans les éditions. Ce fut, de mémoire de suiveur, l’une des plus dures et des plus ennuyeuses qui soit. La faute au temps, qui rendit prudentissimes les plus ambitieux et refroidit les plus vélleitaires, écrémant largement le peloton? La faut à l’organisation, aussi, qui transforme la Doyenne en une vulgaire course de côte avec l’abnégation de Sisyphe. A conditions semblables, le morne télé-crochet d’hier contraste avec Hinault qui colla 9 minutes à ses suiveurs, en  1980. Sans remonter à une époque « sans oreillettes » et au Stockeu cher à Merckx, on doit constater que les plus belles victoires de ces dernières années ne s’écrivirent pas dans la dernière rampe d’Ans: Andy Schleck dans la Roche-aux-Faucons, Frank Vandenbroeck dans Saint Nicolas, qui fut plus souvent le théâtre de coups d’intox ou davantage (Berzin, Gianetti, Vinokourov… pour se remémorer les épisodes les plus troublants de l’histoire récente). Sportivement peu propice aux explications, médiatiquement médiocre  et historiquement incomparable: l’arrivée de Liège-Bastogne-Liège à Ans doit être abolie, et sans délai, c’est la course elle-même qui l’exige. On n’aborde pas une course d’usure comme une course de côte et l’attentisme d’hier, comme un écho aux dernières années, le prouve avec éclat. Pour 2016 le coup est passé, spectacle inexistant: puisse-t-il entrer dans les mémoires comme le dernier d’une série délocalisée.

Sportivement discutable, touristiquement indéfendable

A l’amateur de la « Petite Reine » succède l’élu communal, d’aficionado invétéré, je reprends l’habit du liégeois pur sirop: ce qui releve du simple bon sens sportif me semble, plus encore, une nécessité impérieuse aux plans touristique, économique et d’image de marque. Le Tour de France arrive sur Champs Elysées; Paris-Roubaix arrive au vélodrome; Milan-San Remo arrive (à nouveau!) sur la Via Roma qui sacra sept fois Eddy Merckx: chaque course vénérable a son écrin, son cachet, son arrivée symbolique. Les héros ont besoin de mythes, pour écrire la légende, et cela manque à la finale de Liège-Bastogne. A « Liège » c’est-à-dire à Ans, on arrive en bordure d’autoroute, à côté d’un parking d’hypermarché: cherchez l’erreur! Liège, première Ville touristique de Wallonie (chiffres de nuitées à l’appui) n’aurait donc aucun atout à présenter? Nulle image de marque ou touristique à exposer en mondiovision, aucune vue d’hélicoptère digne d’être diffusée? Il s’agit de la plus ancienne – et certainement la plus dure – course cycliste de l’année, dans un calendrier cycliste qui se mondialise, du printemps qatari et australien à l’automne canadien en passant par le Vieux Continent et ses « Monuments » du printemps! Liège doit montrer ce qui la rend belle, désirable et unique: la Meuse, ses clochers, sa gare Calatrava, son Torè, sa Violette… et les liégeois! Pour un pays de cyclisme quelle tristesse que ces hectomètres sans âmes et dépourvus de spectateurs, quel dommage de passer à côté de la signature visuelle de nos plus beaux monuments…

ASO et forces politiques à la table

Ma réflexion ne s’inscrit pas dans un « réflexe municipaliste » qui ferait s’arrêter mon intérêt quelque part rue de Hesbaye. Je pense en tant que Liégeois avec un grand « L », fut-ce une réflexion principautaire, si l’on veut: ce qui est bon pour Liège est bon pour tous les liégeois. La délocalisation de l’arrivée à Ans se fit dans un contexte bien particulier, le retour à un jet de pierre du Perron peut se faire à l’occasion d’un évènement bien particulier. Les liégeois s’en rappellent, l’historien que je suis s’en souvient: au début des années ’90s la Ville de Liège est exsangue après une décennie terrible (finances publiques en lambeaux, Place St Lambert en jachère forcée, affaires…) et l’homme fort d’alors est sur le plateau, paix à son âme. Les liens se nouent, en ce compris avec le Pesant qui organisait jusqu’alors, et qui feront florès comme l’on sait: étapes puis Grand Départ du Tour de France… ces liens, élargis à la Province, durent toujours. La situation d’aujourd’hui est bien différente: la Place St Lambert est sortie de terre, la Gare Calatrava également, le tunnel sous Cointe désengorge la Cité millénaire qui m’est si chère et le « Coeur Historique », donc touristique, a retrouvé de son attrait, sertissant à nouveau ses joyaux dans un centre-ville à taille humaine.

 

Je ne porte ici nul maillot coloré, aucun dossard d’aucune sorte, mais je le dis sans ambages: à l’échelon liégeois comme sur le plan sportif la course doit revenir au cœur de la Cité pour lui offrir, sans forfanterie mais avec le respect de la course et de son histoire, l’écrin qu’elle mérite.
D’où qu’ils viennent, les responsables politiques, animateurs sportifs, organisateurs zélés et sponsors amoureux de la course s’honoreraient à le reconnaître, et à œuvrer dès aujourd’hui en ce sens pour le faire advenir dans un avenir immédiat.

Un site de Cédric Lemaire