Que faire de nos églises (vides)?

Je ne vous étonne plus en parlant du patrimoine liégeois. Parfois pour gueuler m’indigner, souvent pour tirer la sonnette d’alarme, ou encore pour proposer des solutions concrètes. Cette fois je veux éviter à des « vaisseaux de pierre », nos églises, de rester vides et proposer pour certaines d’entre elles de nouvelles fonction, c’est à dire une nouvelle vie.

http://www.sarlat.fr/marche-traditionnel/


Le constat est simple et peut émouvoir: la sécularisation de nos sociétés est irréversible et si une part significative de notre population se sent chrétienne/catholique, les pratiquants se raréfient alors même que l’existence d’un héritage judéo-chrétien est un fait historique qui n’est remis en question par personne (alors que l’héritage lui-même est quant à lui à la fois questionné et questionnable, mais ce n’est pas le débat), quand il n’est pas honteusement manipulé par quelques officines troubles…

Il n’en reste pas moins que les villes et communes exercent la tutelle sur les fabriques d’églises, et par la même assument une part de responsabilité dans la gestion de ces édifices. Liège était désignée au Moyen-Âge comme « Cité aux cent clochers » et outre quelques immeubles, nombre de collégiales (au centre) et d’églises (dans les quartiers) dominent le bâti adjacent, au coeur de leurs quartiers. Ces édifices, parlons-en: ils sont incontestablement variés de par leur histoire, leur bâti (ancien, moderne), leur utilisation actuelle pour le culte, leur état de conservation et d’entretien, etc… C’est tout le sens de mon interpellation de ce soir.

 

Via un inventaire exhaustif (lieux, fréquentation, état, situation dans le quartier, intérêt patrimonial), je propose de questionner ce patrimoine qui nous est collectif, de manière à rendre à la communauté ces bâtiments qui, peu ou prou, lui appartiennent. Dans le respect des occupants actuels, de l’histoire et de la vocation des lieux et dans le but de rencontrer les besoins de la population liégeoise ou du quartier. Rien n’interdit, par ailleurs, de réaffecter partiellement une église sans devoir la désacraliser ou en délocaliser le culte… à chaque lieu sa réflexion, son projet. C’est, en substance et avec certaines nuances, le propos développé par Eric de Beukelaer dans une carte blanche (que je vous invite à lire).

 

Quelques exemples, à la fois positifs et creatifs, tout près de chez nous ou plus loin:

 

A Venise l’église presque millénaire San Basso est aujourd’hui une salle de concert, dédiée principalement à la musique de chambre, à la musique baroque et au chant.

Au Sart Tilman, le Clos du Sart, église désacralisée, est aujourd’hui une salle de réception par ailleurs polyvalente et qui contribue par son activité et les revenus qu’elle génére, à la vie du quartier, à son propre entretien et aux mouvements de jeunesse qu’elle jouxte et abrite bien souvent…

A Gand, le restaurant « Parnassus » occupe depuis plusieurs années une église baroque du 19ème, en rive gauche de la Lys, à deux pas du centre historique et touristique…

 

 

A Watermael-Boistfort l’église St Hubert accueillera bientôt une quarantaine de logements, avec maintien du culte, aménagement d’un parking, d’un ascenseur et d’une toiture végétalisée en partenariat avec un promoteur privé tout en respectant l’architecture historique des lieux.

A Sarlat, ville intensément classée et joyau médiéval périgourdin, l’église St Pierre est devenue le marché couvert de la Ville sous le crayon à dessin de Jean Nouvel, son usage devenant de fait quotidien, agrémenté d’un ascenseur panoramique d’un grand intérêt touristique.

Place aux livres, avec une église transformée en bibliothèque au Québec et une autre en librairie, à Maastricht!

 

On le voit, la réaffectation offre foule de possibilités à la fois utiles à la communauté, à la Ville et respectueux des lieux!

Un site de Cédric Lemaire