Le PS, la GroKo et le syndrôme SPD

La séquence politique « Elections Communales 2018 » qui vient de s’achever en Belgique francophone fut intéressante et relevante à plus d’un titre, avec à venir

Résultat de recherche d'images pour "ps france"le « triple » scrutin du printemps (élections régionales, fédérales et européennes). Petit essai d’analyse contextuelle et futurible, avec le point de vue assumé de « voisin de gauche », parfois amusé et souvent énervé des choix ou atermoiements des socialistes… dont je partage la plupart des valeurs.

Deux gagnants, un perdant = trop de possibilités

Le PS s’est retrouvé – singulièrement à Liège mais dans d’autres endroits aussi – avec des victoires… inconfortables. Entendez: que cette victoire les plaçait en position de force, mais les contraignait à des choix sinon cornéliens en tous les cas douloureux.
1. Travailler avec les écologistes revenait à valider ce qu’ils disent depuis 20 ans et que la météo – horriblement clémente – valide tous les jours: que l’environnement est un enjeu crucial, à quoi il faudrait ajouter leur chapelet d’exigences sur le décumul, l’éthique et le reste – séquence bousculante s’il en est (ce fut néanmoins le cas à Bruxelles notamment).
2. Travailler avec les communistes du PTB était tentant: les confronter à l’exercice du pouvoir… mais cela signifiait aussi, manifestement, placer délibérément un caillou dans sa chaussure et risquer l’installation rouge-rouge dans le paysage, au risque de ne jamais pouvoir s’en défaire. Le gap de culture et d’expérience politique s’est systématiquement avéré trop difficile à combler… pour autant que l’un comme l’autre aient à un moment vraiment voulu s’entendre.
3. S’allier aux libéraux-conservateurs du MR signifiait faire le grand écart entre « Les Valeurs © » auto-revendiquées et la pratique confortable tant sur le partage du pouvoir que sur le « tax and spend » social-libéral très XXème siècle. Au final ce fut l’option la plus souvent choisie, le socle « laïque » commun pouvant servir de base malgré de fortes divergences idéologiques.

On notera que Paul Magnette (pourtant en majorité absolue) et Willy Demeyer ont posé des choix radicalement opposés: le premier fit des émules dans tout le Hainaut, le second partout autour de Liège (avec en toile de fond une « revanche » à l’égard des écologistes, en pointe depuis toujours sur l’éthique en politique et encore plus depuis le déclenchement de Publifin?). Or comme chacun sait, les bulbes plantées à l’automne fleurissent au printemps… ce qui présente donc le risque d’une « Grosse Coalition », PS-MR ou MR-PS généralisée en mai, c’est probablement l’un des paris de l’alliance rouge-bleue à Liège.

Le rouge et le bleu, pas d’harmonie des couleurs

Des coalitions rouge-bleu sonnent le glas de toute ambition – les fameuses « contre-nature » selon l’expression de Laurette Onkelinkx -, qu’elles soient d’essence libérale ou socialiste. On ne fait pas de politique social(ist)e avec des libéraux à la table: ça ne marche pas et ça n’a jamais marché (remember la chasse au chômeurs et le cœur qui saigne). On ne fait pas non plus de politique libérale avec les rouges aux manettes: ça ne passe pas la rampe (le virage conservateur du gouvernement Michel I souligne la différence avec la législature précédente).
Des socialistes et des libéraux qui gouvernent ensemble, on pourrait en espérer le meilleur des deux mondes: les uns pour s’occuper de ceux qui en ont le plus besoin, les autres pour soutenir l’activité économique, avec l’emploi comme dénominateur commun. L’expérience nous enseigne néanmoins qu’on récolte systématiquement le pire des deux: le clientélisme des uns et la casse sociale des autres, avec pour valeurs communes affairisme et occupation du pouvoir.

Les deux protagonistes rentrent qui plus est dans ces coalitions lestés d’un mental et de scores de perdants: alors que le pouvoir abîme, c’est vraiment une grosse hypothèque sur l’avenir… qui se présentera pourtant très vite! Une « Grosse Coalition » ou « GroKo » offrirait donc – à défaut de cohésion sur le projet – des gages de stabilité (ce qui laisse rêveur quand on pense aux talents de contorsionnistes du groupe MR de Liège pour étaler ses divisions sans exploser pendant la dernière législature 2012-2018), mais se révèle pleine de dangers, sauf à mépriser ouvertement les signaux « à gauche toute » des électeurs et/ou les appels du pied de la FGTB (finalement sans lendemains qui chantent).

Le SPD et les GroKo

Pour la troisième fois de son histoire récente (après 2005 et 2013) le SPD, parti social-démocrate allemand, a signé en février 2018 un pacte de gouvernance avec la CDU-CSU d’Angela Merkel…
Le SPD en est sorti à chaque fois plus affaibli de ses alliances avec la droite, laminé par certains endroits, idéologiquement dans les cordes et démonétisé quant à ses valeurs.
Dans les faits le SPD se retrouve aujourd’hui triplement affaibli (et toute la gauche avec lui, ce qui n’est pas une bonne nouvelle): divisé en interne, talonné par les Grünen et aiguilloné par Die Linke à gauche, définitivement (?) satellisé par la droite. C’est un destin rarement envisagé par les commentateurs politiques belges francophones ou mes amis socialistes, mais c’est – je pense – un péril réel. Je vous épargne l’épouvantail qu’est le destin tragique du Parti Socialiste français, car les dynamiques politico-électorales sont par trop différentes (Etat central vs fédéral + élections au scrutin majoritaire vs proportionnel), mais l’on ne saurait le mettre complètement de côté.

Résultats du SPD aux dernières élections au Bundestag, source Wikipédia

Risque de fracture de la base

Chaque sportif pourra vous le dire: c’est en période de tension et de fatigue que le risque de blessure est le plus prévalent, or nous venons de commencer un marathon électoral par le sprint des communales! Le PS, englué dans Publifin et Samusocial depuis fin 2016, a su profiter du temps qui lui était imparti avant les élections locales pour remobiliser ses troupes, aller rechercher ses militants déçus et parfois dégoûtés. Rien de tel qu’une bonne campagne à en découdre avec la droite pour revivifier la militance, avec des promesses de « coalitions les plus à gauche possible », la grosse machine qu’est le parti socialiste en campagne s’est ébranlée sans trembler! L’exit forcé à la Région a même probablement aidé à cette dynamique de rassemblement – la solidarité n’est pas un vain mot quand les temps sont durs…
Aujourd’hui nombre de militants ont une sévère gueule de bois, sont amers comme jamais et cela créé de vives tensions en interne et ils sont passés pas loin d’une situation pire encore… Si le parti socialiste n’a rien perdu de sa puissance de feu médiatique, politique et financière (ces détails comptent!), il devra se passer de nombreuses paires de bras, de soutiens syndicaux dégoûtés pour porter son message en mai… et ça risque de compter. Quand on vient de très haut, il y a peu de danger à s’éroder un peu, à perdre quelques voix pour le prix du pouvoir. Mais quand on est à un bas historique face à une double concurrence externe ayant le vent en poupe, c’est autrement plus périlleux!

Les dernières coalitions locales seront votées dans les jours qui viennent par les militants socialistes, et nous verrons ce qu’il en est: j’ai lu la semaine passée quelques commentaires et lettres ouvertes pour une alliance de gauche… et plusieurs courbes rentrantes. On le sait la base du SPD n’a pas su faire de « barrage interne » efficace, et les états-major ont imposé leurs vues aux militants.
On verra pour les belges les votes des USC et leurs conséquences, à court et à long terme: autant une dissidence me semble hautement improbable, autant un délitement au profit des autres tendances de gauche me semble une réelle possibilité… ce serait clairement un autre type de « gauche plurielle » que celle de Jospin, et un changement copernicien au sein de celle-ci.

 

Un site de Cédric Lemaire