MR-NVA: les jeux sont faits, rien ne va plus…

Je le disais hier soir: deux ans après sa disparition Jacky Morael me manque plus que jamais. Il a été le fil rouge de mon engagement écologiste, et son absence lors de la séquence dans laquelle nous nous trouvons (élections communales + élections générales en l’espace de sept mois me semble plus cruelle et plus pénalisante que jamais. En effet les « oracles » ou Grands Anciens sont rares chez les écologistes, et certains même démonétisés (Daniel Cohen-Bendit ou Nicolas Hulot), et bien que je prête plus que jamais une oreille attentive à des personnalités comme Jean-Pascal Van Ypersele ou Olivier De Schutter.

La dernière quinzaine a vu se passer une drôle de séquence, faite de trois pics successifs:

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  • 1. Les « Gilets Jaunes »aux revendications à la fois légitimes, populaires et très terre-à-terre ont crevé l’écran avec une sincérité désarmante, une désorganisation qui rappelle combien les mouvements syndicaux/sociaux structurent la pensée et l’action, et les tentatives de récupérations au bout du bout des deux spectres (aussi bien à l’extrême-droite qu’à l’ultra-gauche (je reviendrai un jour sur pourquoi je classifie/dénomme de cette manière, mais ce n’est pas le débat du jour)).
  • 2. Les 75.000 manifestants pacifiques de la manifestation pour le climat « Claim The Climate » de Bruxelles (175.000 ce WE en France dans un contexte de crainte des casseurs), qui crient et hurlent – dans le bon ordre – l’urgence absolument impérieuse d’offrir un futur non à notre planète (qui en a vu d’autres), mais à la vie sur cette planète pour nos enfants et les générations après eux… Ce qui implique de sortir radicalement, immédiatement et massivement du modèle productiviste actuel, propulsé à base de dumping social, de kérosène et de fuel lourd détaxés, de SUV et d’étalement urbain, de prédation des ressources et d’extinctions de masse…
  • 3. Notre gouvernement fédéral a traversé une « crise » qui s’avère en bout de course avoir été avant tout une énorme séquence de « posture-communication » artificiellement dramatisée, MR et NVA se mettant d’accord sur une stratégie qu’ils espèrent gagnant-gagnant, après la déconfiture électorale du 14 octobre.

Stratégie électorale et écran de fumée

La séquence « Attention, risque de chute » du Gouvernement n’était en fait qu’une séquence de communication négociée entre le MR et la NVA. Je la qualifiais ce samedi de « Commedia dell’Arte », voici pourquoi:

  • A charge pour le MR de se poser 1. comme cessant de se faire dicter sa loi par Bart De Wever, et 2. comme défenseur (ah tiens!) des droits humains. Il est vrai que la gifle électorale d’octobre fut cuisante: le MR n’a sauvé que deux mayorats à Bruxelles et fut rayé de la carte des grandes-villes-qui-comptent (sauf à Liège, même en ayant perdu les élections comme ce fut le cas pour la seconde fois consécutives par Christine Defraigne, sur un autre positionnement), par la faute de l’étiolement d’un électorat libéral mais social, dégoûté du virage conservateur-réactionnaire. Qui pour croire que cela constitue une véritable courbe rentrante? Reynders, Chastel, Bouchez répondent tous pareil tous en choeur: à refaire on le referait.
  • A charge pour la NVA de se refaire la cerise au profit d’un positionnement « national-identitaire » anti-immigrés faute de ne plus vraiment pouvoir être anti-francophones. La NVA n’a-t-ell rien retenu du fiasco de Sarkozy? « Siphonner » les électeurs d’extrême-droite ça ne marche qu’une fois, ces derniers préférant toujours l’original à la copie, et ça vous rend plus moche qu’avant (regardez un coup le self esteem de Laurent Wauquiez, pour voir…).
  • Le NVA-xit ne change RIEN: le taxshift est globalement un échec, le « retour à l’équilibre budgétaire » qui nous fut vendu urbi et orbi n’aura jamais été atteint par ce gouvernement « de bonne gestion » (lire: « sans la gauche »). Cet épisode n’est pas même une stratégie, c’est un stratagème, une mascarade. La majorité continuera sa politique anti-sociale qui met les gilets jaunes et ébullition et sa politique méprisant le péril climatique…
  • J’en arrive à désespérer d’une pourtant essentielle « convergence des luttes » entre environnement et social, qui est au coeur par exemple de l’offre « Place Publique » en France. Il n’a pas de justice sociale sans justice environnementale, et inversément. Tous les écolos en sont convaincus: il n’y a pas d’écologie politique de droite ou du centre, l’écologie c’est par définition la solidarité au cube (ici et maintenant, avec le sud, avec les générations futures), et je suis heureux que cette idée d’alliance objective fasse son chemin, comme dans le Hainaut ou lors d’un échange récent entre Jean-François Tamellini et Michel Genet (lors d’un « Débat Première », mais la séquence n’est plus en ligne…). Ce serait un énorme progrès et un fameux pas dans la bonne direction…

 

Pendant ce temps, à Vera Cruz… voici ce dont vous n’entendez pas parler.

Tout ceci constitue un excellent dérivatif:

  • l’urgence absolue que constitue le climat reste complètement à quai, quoique les heures de train de nos ministres vers Katowice pourraient faire advenir le balbutiement du début de quelque chose vaguement ambitieux…
  • les risques d’implosion sociale  dont les gilets jaunes sont le dernier avatar vont croissant, sachant que les votes extrêmes en sont les symptômes et que mutuelles comme syndicats alertent depuis des années les autorités publiques, comme autant de canaris dans la mine…
  • la fiscalité, toujours plus prédatrice à l’encontre de l’activité – travailleurs, allocataires, entrepreneurs et entreprises – l’est toujours moins à l’égard de la fraude organisée et l’évasion fiscale, de la pollution…
  • les scandales sans précédents tels Ogeo Fund et les dernières déclarations de la nouvelle présidente de l’ex-Publifin, sans oublier les turpitudes du même groupe (pertes à Nice-Matin et bain de sang social aux Editions de l’Avenir…) ne font ni les manchettes des journaux, ni les titres de la presse quotidienne…
  • la classe politique continue de n’y rien comprendre, au moins pour certains…

Les hommes d’Etat sont rares, le Premier Ministre bypasse largement le Palais royal, le planète flambe et la classe politique aujourd’hui aux manettes joue avec de l’essence.
A ce stade de la démonstration, je pense que vous comprenez aisément pourquoi Jacky me manque…

Manon Lepomme exprimait magnifiquement bien, ce matin en radio, mon ressenti profond., Merci à elle:

https://www.rtbf.be/auvio/detail_matin-premiere?id=2433962

Un site de Cédric Lemaire