Meyerode 1989, 30 ans de foulard, 0 regrets

C’est confus, lointain… mais intact. Dimanche passé j’ai conduit Judith et Lorraine à leurs camps Louveteaux et Baladins. La salle un peu défraîchie, le cagnard et l’allée encailloutée, les mômes qui s’éparpillent façon puzzle en oubliant que tu es là… tout me ramène à mes propres années comme animé, tout m’invite à rester là, quitte à dormir à la fraîche sur un mousse, je ferais bien la vaisselle et les corvées rien que pour rester un peu, mais je sais que « ça » n’appartient qu’à eux, les animés, les cuistots, les chefs, alors je les chéris et je leur lâche la main, quémandant un baiser alors qu’il ne me sera donné qu’un clin d’oeil.

Aucune description de photo disponible.
Hollange 1988 – Oursons de Vaux-ss-Chèvremont

Ça remonte loin: Vaux-sous-Chèvremont, la rue des Combattants, le local « Oursons » d’un côté de la rue, le local Louveteaux et son énorme porte verte « La Force du Clan c’est le Loup, la Force du Loup c’est le Clan » que je n’ai jamais osé franchir, « Bouba » et son blouson, Jean-Luc (?) et sa moustache qui avait été récupérer dans le bus (ô miracle) le sac de piscine qu’un baladin avait oublié dans le 31 vers Chaudfontaine, le Parc Hauster et sa maison hantée (les Thermes), le chemin du Calvaire jusqu’à Chèvremont, l’immensité de la Basilique, la petite Chapelle et ma première nuit d’animé dans la crypte (inoubliable…). Mon beau nouveau foulard marron liseré blanc, les Catin, les Dorbolo, les filles Merker, Gaëtan (?), Wardin…
Puis le camp louveteaux annulé (à en chialer), le débarquement en catastrophe en foulard rouge et gris, après coup de fil maternel à Akéla-de-la-Rue-de-la-Forge, les bleus et Anne-ma-première-sizenière, Sahi qui m’avait à la bonne. Gauthier débarqué lui aussi en catastrophe à Herresbach avec Campa, l’éternel Campa.
Les camps d’août, l’heure camp et la nuit qui tombe vite, si vite…

Frandeux 1990, Lochti, Jacala, Christophe, Akéla pour sa der, Manu et ses petits plats mais aussi « allez mets tes pompes on va aller courir » pour mettre fin à des chambards dignes d’Homère, Raksha un coup pour soutenir un coup pour consoler (ça lui semblait si naturel…), Aphazali et les frères Cortès, les Massez, Fifi et Loulou, Cassian et David, évidemment, à la vie à la mort. J’étais « Vert » autant qu’on pouvait l’être, « toujours plus fort(s) ». Chil et mon petit boentje, les journées sportives à tu et à toi avec Juan, les concours cuisine lors desquels j’étais si fier d’être de ma connivence avec les cuistots. Fredericks, Goldman, Jones… et Bruel, qui me suivront depuis lors partout, d’actes manqués en voix cassées.

Aucune description de photo disponible.
Frandeux 1990

Troupe, 1993, le drame de Thierry qui fait pleurer ton frère, vertige et tremblements. Froidfontaine, les Vikings, Schoebzy dans son style inimitable, Husky le jumeau de Labra, Marc-An indéchiffrable… et du muscle à la tonne, 40 bonshommes, 0 nanas à l’horizon, ouch.
Les Pyrénées 1995, Crasse-Tignasse, 6 jours de Hike en tout, 3 à pieds, 3 en vélo (par le col du Chioula), le staff maousse avec Bouquetin, Tarpan, Belette, Geoffroy qui monte Montségur sur l’épaule du même Tarpan (!), la montée des Promesses et la nuit tout là-haut, dans l’alpage, sous l’orage (!!) et le tapis de sol, collé à Hibou, les discussions sans fin avec Fouine (Corwin et Ambre), Didier « Paradise Lost » et Daguet « autonome » (?), Marabout et son bon sens légendaire (!!!), Raafat et son seau, PiJu, la Patrouille des Aigles, Taz oublié au sommet, Wapiti-le-Raoul-du-Feu, l’ascension-redescente de col de la patrouille des Cerfs avec un fond de brumisateur pour seule ressource en eau (!!!!). Abeille et le club des « 1980 », la testostérone façon Napalm de Sommerain et le Parcours Vert de Solwaster.

Coopération, ressources physiques et mentales, camaraderie, dépassement de soi, émerveillement, éveil à la différence… Sourire et chanter même quand c’est dur (surtout quand c’est dur, en fait, sinon à quoi bon), grandir sans avoir ses parents dans le champ de tir, avec des mentors plutôt que des tuteurs…

Je vous épargne mon passage de l’autre côté du miroir, animateur puis parent, porté vers d’autres regards et responsabilités… Mais vous parents, je vous invite, même si vous êtes dubitatifs, surtout si vous êtes sceptiques, n’en avez jamais fait ou ignorez ce que vos mômes pourraient bien y trouver, à donner à vos minots cette chance inouïe, de rencontres fructueuses et extraordinaires, de rires indescriptibles, de leçons « de la vie » et pas de livres, de vivre les mouvements de jeunesse.

De passer des jours et des jours sans écran (si si si), sans que ça les froisse le moins du monde, de les voir grandir si bien, débrouillards et sûrs d’eux-mêmes. S’ils sont spontanément faits pour ça ils vont s’éclater à un point qu’il vous très difficile de même concevoir, s’ils ne sont pas directement portés à ce genre de loisir… ça leur apportera plus encore, dans leur rapport aux autres notamment.

Maman, Papa, Bouba, Akéla, Sahi, Tamanoir, Belette et tous les autres… de ces 30 années de scoutisme je ne regrette pas une miette, n’oublie pas une image, ne renonce à aucun visage… et chaque souvenir conserve la saveur du premier jour, le parfum subtil d’une certaine idée de la liberté, de la jeunesse et du bonheur. La moindre braise, le moindre feu brille et chauffe en mon cœur d’une chaleur et d’une lumière à bien des égards éternelles…
Merci pour ça… et à très vite pour de nouvelles aventures.

Quentin~Mangouste

9eOM-7eOM-XIIe Légia-2eOA

Un site de Cédric Lemaire